Catherine : Le Test

Le puzzle game japonnais le plus sexy et flippant de l'histoire

22/02/2012 à 08:00 - Test -  11 commentaires

Catherine

Editeur : Deep Silver
Développeur : Atlus
Plateformes : PlayStation 3 et Xbox 360
Date de sortie : 9 février 2012

 

Catherine

 

Si vous en êtes arrivés à lire ce test, c'est peut-être d'abord par un élan de curiosité spontanée. Quand, devant les grands yeux azuréens (j'ai bien parlé des yeux) de cette blonde à la beauté païenne tout droit sortie d'un manga, votre regard a été troublé par la présence d'un tel visuel en ces lieux. C'est évident, habituellement les colonnes de Millenium sont plus propices à témoigner des courbes cassantes de hordes de roachs affamés ou de pixels minecraftiens aux couleurs fluorescentes. Forcément ça contraste.

CatherinePeut être aussi que vous êtes un amateur des jeux de l'éditeur Atlus et que Catherine évoque pour vous un de ces mets, aigre-doux, que les Nippons savent nous concocter en marge des modes et du temps. Si c'est le cas, il faut se faire une raison, vous êtes peu nombreux, mais vous savez de quoi il va être question ici, le sourire complice certainement. Même si l'improbable côtoie le surnaturel à une fête que Bret Easton Ellis aurait imaginée pour écrire un roman sur la Saint Valentin, vous avez déjà une vague idée de ce qu'est ce jeu, surtout que vous savez que les types qui sont derrière son développement sont responsables de la série Persona. Je vous conseille cependant de mettre entre parenthèses vos impressions, juste 5 minutes, c'est bien pire que ce que vous croyez...

Catherine Catherine

 

Disponible déjà depuis quelques mois sur l’archipel japonais, Catherine s'était d'abord invitée comme une promesse étrange sur les disques durs de nos PS3. La démo avait tout de l'entrevue exotique, du rendez vous informel et atypique. Un jeu à la saveur crypto-barrée, à la ligne efficace, au gameplay faussement oldschool et à la difficulté qui vous rendait fier de vos capacités de réflexion qui sont passablement bien plus évoluées que la moyenne générale, easy. Amarante automnale dans son habit de mystère, sexy comme à une soirée de gala, montée sur talons hauts. Voilà aujourd'hui cette petite sensation, à l'allure déjantée et au teint radieux, disponible et offerte pour toute l'Europe, après un passage remarqué au pays de l'oncle Sam (ayant permis aux réticents de comprendre comment se dégustait la friandise acidulée). Arrivée avec la première neige, Catherine revêt ses plus belles dentelles pour réchauffer l'hiver des curieux qui auraient envie de jouer à un jeu bien frappé en ce début d'année.

 

Le meilleur ami de « merci » est « beau coup »

Puzzle Game par essence, Catherine s'articule autour d'une idée de la progression par l'échec toute symptomatique du genre, mais use d'un scénario burlesque pour lui donner un ressort assez inattendu. Comme une idée barge que seuls les japonais auraient à l'idée de mettre en scène, sorte d'amphigouri émotionnel, Catherine est un jeu qui joue de ses tiroirs, de son bordel, de ses pistes avec une sensualité glauque et une jovialité morbide à glacer le sang de bonheur. Un soft dans lequel se répondent des dispositifs simples à travers un jeu de dualités ludiques, de thèmes, d'intentions, et de discours. Un développement qui n'est pas sans rappeler les mécanismes d'un Portal dans sa façon de raconter le puzzle game de manière horizontale, à l'américaine donc, avec cette vue à la première personne, you know what i mean. Sauf que Catherine marie sa syntaxe à un certain sens de la verticalité, une fuite vers les sommets qui place le joueur en équilibre sur le toit de constructions qu'il a lui même choisies de bâtir, pour avancer. Pour aller plus haut ! (refrain)

Catherine Catherine

 

Vincent, jeune trentenaire à moitié dans le vague, employé d'une boîte info pas folichonne, le compte en banque qui tire trop souvent la tronche, le studio en vrac et les idées éthyliques, apprend de la bouche de sa compagne: Katherine, une jolie brunette tirée à quatre épingles, qu'il va bientôt être père. Le couple vit une histoire d'amour depuis le lycée, cette annonce a l'effet d'une bombe sur le jeune homme et semble révéler un peu plus l'érosion d'une longue relation qui arriverait à son point de non-retour, du moins le pense-t-on. La pensée hésitante, les questions qui fusent, Vincent se voit au pied du mur. C'est le mariage, les responsabilités, la vie à deux + 1. Fini les cuites avec les copains, la vaisselle en rade dans l'évier, la lessive en jachère, le célibat rayonnant en somme. Est-il prêt pour ça ? Pour accueillir la nouvelle comme il se doit, il part picoler avec ses potes au Stray Sheap, son pub attitré, le patron du rade a la tête de John Locke dans Lost, en moins chauve, et la rouquine qui y sert le whisky a le sourire accueillant. Un boui-boui tout ce qu'il y a de sympathique. La main sur le portable pour y taper ses SMS entre deux gorgées et l'autre sur son verre de Rhum Coca, pour optimiser le rendement de cette séance de brainstorming sur le pouce, la soirée part sur de bonnes bases.

 

Ne pas épouser la première velue

C'est alors, au milieu de la nuit, qu'il est accosté par cette fille, blonde, au peps contagieux, aux yeux malicieux pleins de surenchère, au petit rire comme un hoquet et au décolleté qui suggérerait le parfait tableau de la mille et deuxième nuit avec la fille du calife d'un conte érotique. Vincent abandonne le combat de la raison et au petit matin les deux inconnus se réveillent dans le même lit. Son nom :Catherine. C'est aussi le début de ses ennuis. Au journal télévisé, on annonce une mort suspecte, un homme a été retrouvé sans vie chez lui, le visage tétanisé par la peur, le plus étonnant, c'est qu'il semble être mort pendant son sommeil. Chose encore plus étrange, Vincent a fait un drôle de rêve la nuit passée, il escaladait une sorte de mur, ou une tour, qui reposait sur le vide. Il crapahutait dessus muni d'un oreiller, habillé de son seul caleçon et sur le haut de son crâne avait poussé une paire de cornes, du rêve banal n'est-ce pas ? D'ailleurs les seuls habitants de ce songe bizarroïde étaient des moutons au langage humain tout ce qu'il y a de compréhensible qui comme lui essayaient de grimper au sommet de cette construction tarabiscotée. Depuis, chaque nuit, c'est le même cauchemar et aux infos toujours plus de morts non élucidées...

Catherine Catherine

 

Les thématiques de jeu se mettent en place, on sait au bout d'une heure qu'Atlus n'a pas fait les choses à moitié avec Catherine. On sait aussi que le jeu s'adresse à un public averti et que ce n'est pas la moustache de Mario qui ferait frétiller les joueurs devant leurs pads cette fois-ci. Tout se monte par strates, littéralement, avec cette sensation de clair-obscur perpétuel. Une dualité qui joue de ses tons saumâtres pour mettre en avant sa substance : les jeux de miroirs s'observent et se répondent, la construction se veut symétrique pour entériner la logique d'un game design audacieux qui jouerait sur différents plans, comme dans le film de Vincenzo Natali : Cube. « Ne cherchez pas une raison, cherchez une issue ». Catherine dialectalise sa fuite en avant, jusqu'au firmament.

Cette forme de discours sur l'angoisse à la fois raisonnée quand il s'agit des sentiments du héros, et à la fois délirante quand elle se drape dans les atours de la folie et dans les codes du thriller; ce triangle amoureux qui joue de la dualité Katherine/Catherine comme d'une interface logique dans le puzzle de son histoire deviennent, tour à tour, le moteur du jeu. Le joueur se retrouve alors à errer dans un jeu de piste narratif, comme une sorte de visual novel, un film dont vous êtes le héros, pour d'un seul coup, dans ses rêves, revenir à un gameplay plus primitif, plus terre à terre, celui que le joueur attend avec des puzzles mange cerveaux tous plus diaboliques les uns que les autres.

 

Catherine Catherine

 

Vincent est le médiateur entre les espaces, les unités de lieu, les personnages. La nuit il vit son autre « lui », à parcourir des levels qui rappelleraient aux vieux de la vieille un Q-bert qui aurait abusé de drogues dures. De dur, il est question dans Catherine, sorte de bois bandé du casse tête, où le cube est maître, il est même bordé de nouilles, piégé jusqu'à la moelle quand il est flanqué d'une bouche sur une de ses faces (sic) qui pourra vous désarçonner si vous vous y agrippez, glissant comme le savon quand sa surface est gelée ou encore friable, se corrodant au fur et à mesure de vos déplacements et tâtonnements. Blocs par blocs les esprits débloquent, et Vincent grimpe.

 

En savoir plus sur l'auteur

Stargazer

Administrateur et créateur de Millenium Rush. Rédacteur jeux vidéo / PC.

Commentaires :
  • J'ai déjà un compte

  • Je n'ai PAS de compte,

flam

29/02/2012 à 10h56

Les Bug de camera sont toujours present malheureusement ... mais le jeux reste archi fun a jouer !!!
j'y passe des nuits perso :p des enigmes archi dur a trouver mais une fois trouver tellement simple ...

Apres mettre 60 euros dedans peut etre pas mais il reste fun :)

stargazer

28/02/2012 à 19h17

Pas sûr pour la version PC, Atlus n'est pas un gros dev sur cette plateforme. Merci en tout cas pour le commentaire, ça fait chaud au coeur ^^

Et j'ai enfin vu ce que donnais les parties en compétitif sur youtube, merci Bastosai d'en avoir parlé :
http://www.youtube.com/watch?v=rkgV2R1gINM&feature=channel_video_title

Gros potentiel à la gaming house de Millenium si Jack organise un tournoi. ^^

Woopsy

25/02/2012 à 18h03

Ok merci ;), reste à croiser les doigts, parce que le concept de ce jeu m'a l'air ... alléchant =D

Dream

25/02/2012 à 14h14

Il y a des rumeurs qui l'annoncent sur PC, mais rien de bien concret.

Woopsy

25/02/2012 à 12h49

Article génial, gg Stargazer. Style d'écriture vraiment énorme, humour, profondeur dans l'analyse du jeu ... tu m'a fait rêver quoi.
J'aurais une question : une sortie sur PC est-elle envisagée ? Parce que bon... ps3 et xbox, c'est pas que j'ai pas de télé mais presque.

pafleouf

24/02/2012 à 17h48

Ah c cool j'avais deja vu des extraits de ce jeu y'a un moment! je suis content qu'il sorte en france! ce puzzle game est completement barré et c ca que j'aime!

stargazer

23/02/2012 à 16h26

@ Gorilla.dk : J'étais comme toi, je pensais la même chose après la démo. Mais elle n'est pas représentative du produit final. Par contre oui, il est plutôt exigeant, même en normal; ça change des jeux qu'on finit d'un trait sans mourir une fois.
@ Bastosai : Tu m'apprends un truc. J'en aurais parlé si j'avais été au courant. Les japonais sont fous.
@ hellebore : Ah ça pour être fantasmatique, elle l'est pour le moins. :p Merci pour le commentaire. ;)

Grizzard

23/02/2012 à 14h20

Ça et Asura's Wrath en début d'année ! Vite ! Me faut de la tune ! x)

hellebore

23/02/2012 à 08h50

Je n'ai pas encore testé le jeu mais l'article est .....sublime....merci pour cet enthousiasme si subtil , le texte donne envie de rencontrer catherine et d'explorer les dédales de ses fantasmatiques aventures :)

Bastosai

22/02/2012 à 12h14

Après avoir vu quelques tournois sur Twitch TV l'an dernier au Japon, j'ai surtout l'impression que ce jeu se prête très bien à l'eSport (tournois multi 1v1 facon versus fighting). Domage que ce ne soit pas traité dans ce test.