
Récemment s'est déroulé à Sourdun en Seine-et-Marne un événement particulier. Pour la première fois dans l'histoire du sport électronique français, une colonie de vacances orientée eSport voyait le jour et cette dernière à rendu son verdict le 20 juillet dernier.
Premier rendez-vous initié par l'équipe emmenée par François-Thomas « Sakia » Fenaux et Lauriane « Diabalzane » Aveline, l'eSport Summer School est une toute nouvelle activité permettant une fois encore d'aider au développement du sport électronique cette fois-ci d'une manière plus ludique et éducative.
Un financement participatif qui s'est achevé à 102% de son objectif, une promotion certes modeste, mais assurée par quelques sites d'actualité et la participation de personnalités telles que Adrien « ZeratoR » Nougaret de chez Eclypsia ou bien l'animatrice de la Millenium TV Isabelle « Quiche » Perrin, la combinaison de tous ces ingrédients par les deux responsables a permis à une trentaine d'adolescents de passer deux semaines dont ils se souviendront longtemps.

L'eSport Summer School avait plusieurs buts, initier les jeunes au sport électronique via des ateliers ludiques, les faire participer à des activités sportives en plein air, mais également leur permettre de découvrir d'autres secteurs annexes à l'univers des jeux vidéo tels que le cosplay, la création de maillots ou tout simplement l'organisation d'une LAN. En clair les secteurs clés du sport électronique étaient rassemblés, il ne s'agissait pas uniquement de se coller derrière un écran pour jouer, car du côté de l'organisation on souhaitait également assurer une sensibilisation des jeunes aux risques liés à l'addiction. Mais qui de mieux qu'un des pères fondateurs de l'ESS pour nous expliquer plus en détail ce qu'il a souhaité mettre en place et les difficultés qu'il a pu rencontrer lors de l'élaboration du projet :
Interview de François-Thomas « Sakia » Fenaux par Millenium Mac Coy
[M] Mac Coy : Bonjour Sakia, d'où t'es venue l'idée de lancer le projet eSport Summer School ?
François-Thomas « Sakia » Fenaux : Bonjour, l’idée est venue à Diabalzane pendant ses streams . Un viewer en particulier âgé de 13 ans restait sur ses streams jusqu’à 4-5h du matin et elle lui répétait qu’il fallait qu’il aille se coucher. En regardant son profil Facebook, elle s’est aperçue qu’il allait régulièrement en colonie de vacances. Elle a donc eu ce déclic de séjour pour jeunes avec coaching et sensibilisation pour que la passion ne devienne pas une addiction. Elle m’en a parlé, j’ai dit GO, et on était partis.
Afin d'organiser un tel événement vous avez dû vous entourer de personnels qualifiés, quels étaient les prérogatives pour intégrer l'encadrement de la colonie et combien de personnes étiez-vous pour gérer les stagiaires ?Pour intégrer l'équipe d'encadrement, il fallait d'une part avoir une connaissance de l'eSport et du jeu vidéo pour pouvoir discuter avec les jeunes et comprendre leur passion. Pas forcément sur League of Legends, mais aimer les jeux vidéo nous semblait indispensable. Ensuite il fallait, pour tous nos animateurs, le diplôme du BAFA (brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur : NDLR) ou un équivalent, et pour notre directeur le diplôme du BAFD (brevet d'aptitude aux fonctions de directeur : NDLR) que nous avons financé en partie. Nous avions aussi une animatrice assistante sanitaire.
Il fallait aussi que notre équipe soit âgée de plus de 21 ans pour gérer les adolescents. Au total 10 personnes étaient en permanence sur place pour s'occuper des 35 jeunes. Ça fait un animateur pour 4 jeunes, car nous voulions un encadrement optimal.
L'eSport Summer School a été financé en partie par un My Major Company, vous avez pu obtenir un peu plus de 100% de la somme désirée (7 500 €), quels autres moyens de financement aviez-vous et penses-tu que cela était suffisant ? Est-ce que cela vous permettra d'organiser d'autres colonies seuls ou bien vous aurez besoin à nouveau de la communauté pour vous aider ?Nous avons financé une partie du séjour de notre poche et en empruntant à nos familles. Ça représente plus de 15 000 euros. Ensuite ce sont les règlements des parents qui ont payé les locaux et la nourriture. L'argent du MMC c'est beaucoup d'argent de nos familles (pour 6000 euros) et 1500 € de la part de contributeurs généreux (entre 50 et 500 euros). C'était surtout un bon moyen de communiquer sur le projet. Cet argent est arrivé à la fin de la colo, il va permettre de régler les paiements en plusieurs fois du matériel, rembourser les emprunts et nous rembourser nous.
Nous ne pourrons pas nous appuyer sur ça pour organiser d’autres séjours. Et nous avons conscience que la communauté n'est pas intéressée pour donner, car on ne peut pas - et c'est compréhensible - demander à des gens entre 18 et 35 ans de donner pour un séjour auquel ils ne pourront pas participer.
Nous allons devoir travailler plus dur sur les partenariats, chercher des subventions, des mécènes ... Le financement est réellement le seul obstacle dans la poursuite de l'eSport Summer School.
Le programme de l'eSport Summer School 2014 - crédit : Facebook.com
Justement quels étaient les obstacles en terme d'organisation que vous avez rencontré ? Combien de temps en amont cela a nécessité afin de monter le projet et aviez-vous une expérience dans le domaine avant de vous lancer ?En terme d'organisation, tout faire à deux a été très dur. C'est ce qui nous a freinés dans la recherche de partenaires. Ça et le fait qu'un nouveau projet unique en Europe (et probablement au monde) ne génère aucune confiance. Nous avons travaillé non-stop pendant 3 mois avant le séjour, trouver un moyen d'atteindre les parents a été compliqué et nous avons dû passer par les communautés de jeunes pour y arriver.
Diabalzane est animatrice et directrice en centre de vacances depuis 5 ans, elle connaît le milieu. Mais organiser des séjours c'est une autre paire de manches.
Peux-tu revenir sur le déroulement des deux semaines qui ont eu lieu entre le 6 et le 20 juillet, combien de stagiaires/vacanciers avez-vous eus et quand pensez-vous réitérer l'expérience ?Nous avons eu 35 jeunes pendant ces deux semaines de séjour. Ils étaient partagés en groupes pour participer aux 3 activités de la journée : eSport (séparé en jeu et analyse), sport (jeux de groupe, sports d'équipe) et ateliers créatifs (créations des maillots pour la LAN, cosplay, décorations pour le centre).
La colonie s'est terminée sur une LAN au sein de l'école 42 à Paris. Nous souhaitons réitérer l'expérience, nous ne savons pas encore si ce sera possible ni quand.
C'est la première fois à ma connaissance qu'un tel projet voit le jour, vous avez fait le choix de mélanger activité sportives, mais également des sessions d'informations sur l'univers vidéoludique. Quels retours avez-vous eu des parents et quelle était la moyenne d'âge des participants ?Les jeunes ont entre 14 et 17 ans, tous très passionnés et animés de l'envie d'apprendre, de s'améliorer (les niveaux allant du Bronze au Diamant). Ils nous ont tous fait le retour d'avoir beaucoup progressé grâce au séjour, de s'être fait beaucoup d'amis et de s'être amusé.
Les parents nous ont également fait de très bons retours. Certains ont même trouvé leurs enfants changés (en bien évidemment) et plus épanouis. Ils ont beaucoup apprécié les photos sur notre Facebook et ont d'ailleurs beaucoup participé au travers de notre page pendant le séjour.
Maintenant que cette première colonie s'est achevée, quel bilan tirez-vous de cette première session. Quels points souhaiteriez-vous améliorer ?Le bilan est qu'il est très compliqué de faire quelque chose de nouveau et d'éducatif dans le sport électronique, car peu de gens sont prêts à aider matériellement et financièrement. Si l'on devait améliorer quelque chose, ce serait l'organisation en amont pour faire les choses de manière plus efficace et organiser plus de choses lors des séjours.
Si tu souhaites ajouter un dernier mot.
Tout d’abord merci à Millenium (et à Grosse Quiche qui est passée quelques jours !) de parler du projet. Un grand merci également à Turtle Entertainement, ISART Digital et l’école 42 de nous avoir soutenus « moralement ». En effet, sans leur intérêt pour ce projet, nous aurions probablement abandonné au vu du peu de soutien dans le milieu de l’eSport. Grâce à eux, nous étions convaincus qu’il fallait continuer.
Enfin, merci aux parents et enfants qui ont osé participer à ce tout premier séjour eSport et qui nous auront fait un peu pleurer Diab et moi-même quand ils nous ont écrit une chanson.
Vous l'avez compris, si l'eSport Summer School a été un succès rien ne peut aujourd'hui nous assurer qu'il y aura un second événement qui aura lieu. Sakia et Diabalzane ont tenté le coup, ils ont prouvé leur professionnalisme, mais maintenant il leur manque un soutien financier solide afin de pouvoir assurer une pérennité à cette aventure. Car si le projet intrigue, intéresse, il n'a pour le moment pas su convaincre les investisseurs et pourtant, il serait regrettable de ne plus voir la colonie eSportive.

Fabuleuse vitrine faisant le lien entre parents et adolescents, c'est également une manière d'initier et de rassurer les aînés qui pourraient être effrayés à l'idée de voir leurs bambins se lancer dans les jeux vidéo. Le mélange entre apprentissage et prévention des risques mis en place par l'eSport Summer School a le mérite de contenter tout le monde. Espérons qu'une marque, une organisation ou une structure trouvera un intérêt à soutenir un tel projet. Quoi qu'il en soit le personnel, les lieux et les compétences sont déjà présents, ne reste plus grand-chose pour lancer définitivement la machine au final !





