Longtemps relégué au second plan culturel quand on le comparait au cinéma, le doublage de jeu vidéo acquiert peu à peu enfin ses lettres de noblesse et il est surtout bien plus pris au sérieux qu'auparavant. Alec Newman, la voix derrière le personnage principal de Kliff dans le jeu Crimson Desert, s'est récemment confié sur l'évolution radicale du regard que portent les professionnels du spectacle sur le secteur vidéoludique. Une reconnaissance tardive qui a le goût d'une revanche pour ceux qui ont cru au média dès ses débuts.
Un mépris historique autour des acteurs dans le jeu vidéo
Pendant plus d'une décennie, prêter sa voix ou ses mouvements à un personnage virtuel était perçu au mieux comme quelque chose d'excentrique, au pire comme un aveu d'échec pour un acteur chevronné qui se retrouvait sur un projet de jeu vidéo. Alec Newman, qui possède une carrière bien remplie comportant des rôles marquants dans de gros titres tels que Fable 3, Cyberpunk 2077 (Adam Smasher), le jeu d'horreur Still Wakes the Deep et, plus récemment, Crimson Desert, a connu des années de snobisme qui l'ont particulièrement touché.
Interrogée par le média Fall Damage, la voix derrière le personnage de Kliff s'est remémoré cette époque avec des mots qui transpire une franchise assez triste et désarmante ; "Quand j'ai commencé à faire des voix pour les jeux vidéo, ce n'était pas un secret honteux, mais d’une certaine manière, mes pairs ne considéraient pas cela comme un vrai travail d'acteur".
À cette période, le microcosme des personnes travaillant dans le théâtre et dans le cinéma hollywoodien jetait un regard très condescendant sur cette industrie naissante, incapable d'y déceler le moindre potentiel intérêt artistique. Pendant des années, travailler dans le jeu vidéo équivalait, pour beaucoup, à s'éloigner hors des frontières du "vrai" septième art. Ce manque de considération se traduisait par un cloisonnement très strict entre les disciplines, laissant les pionniers du milieu face à un isolement très frustrant au fil des années.
Un retournement de veste qui n'est pas du tout anodin
L'ambiance est clairement différente aujourd'hui, et ce, depuis même quelques années. Dorénavant, la frontière est de plus en plus mince entre le cinéma grand écran et l'industrie des jeux vidéo. La popularisation massive des jeux dans la culture populaire et l'avènement de performances d'acteurs ultra-médiatisées, comme dans Baldur's Gate 3 ou Clair Obscur : Expedition 33, ont réussi à faire changer les mentalités et les regards portés sur le jeu vidéo.
Ce vent, qui a changé de direction, a pris quelques airs de vengeance "ironique" pour Alec Newman. Étant donné que ceux qui le snobaient autrefois font aujourd'hui la queue devant sa porte pour avoir des conseils et des contacts pour travailler dans le secteur du jeu vidéo. Il décrit cette situation avec un peu d'amusement ; "Désormais, tous ces mêmes pairs m'appellent pour me demander comment faire pour entrer dans l'industrie".
Le jeu vidéo a passé plusieurs caps au fil des années, que ça soit sur les ambitions misent par les studios dans les outils de capture pour les comédiens, la densité d'écriture ou encore le rend technologique, qui en font un eldorado pour les comédiens qui peinent ou aimeraient se diversifier par rapport au cinéma. Sur une note un peu plus insolite, Alec Newman a profité de cet entretien pour avouer qu'il n'a pas joué une seule seconde à Crimson Desert, notamment à cause de sa vie de jeune papa qui a accaparé tout son temps libre. Cependant, ça ne l'empêche pas de donner de la voix pour encourager la production de Pearl Abyss ; "Le jeu est magnifique. Cela ne ressemble à rien de ce à quoi j'ai pu participer auparavant".










