
Microsoft part en guerre contre certains des mécanismes de Youtube. La méga-corporation de Redmond a annoncé récemment que ne seraient plus tolérées les VOD monétisées sur la toile des titres du catalogue de la célèbre marque Xbox ou de certains titres cultes de son offre sur PC. Une guerre contre Youtube vous dîtes-vous ? Pas tout à fait.
Google et Youtube ont basé leur business model sur la diffusion de contenus, cela n'a échappé à personne. Le diffuseur a globalisé son approche du partage, il y a quelques semaines le directeur de la branche business de Google, Nikesh Arora, rappelait que « YouTube rassemblait le Monde autour de la vidéo », une donnée vérifiable puisqu'aujourd'hui est premier sur son secteur.

Un contenu que les annonceurs peuvent désormais approcher de manière transversale via la publicité sur chaque vidéo. Avec des outils performants comme Adsense et un plan marketing séduisant, Google a fait de Youtube une plateforme « bankable » pour toute entreprise basant aussi sa communication sur l'image.
Films publicitaires intégrables facilement, emplacements publicitaires dédiés, déclinaison du modèle sur smarthones, portables et tablettes, la flexibilité de Youtube et son contenu attractif en ont fait un produit stratégique dans l'approche de la promotion des marques et des entreprises. Quand Google rachète Youtube en 2006 pour un peu moins d'1,7 milliards de dollars, le diffuseur n'a alors que 19 mois et a été financé à hauteur de 11 millions de dollars par Sequoia Capital.

Aujourd'hui Youtube est une plateforme florissante dont les revenus ont doublé à partir de 2010. L'évolution a été telle qu'une véritable communauté s'est créée autour du diffuseur. Ce sont une myriade de chaînes aux contenus spécialisés qui existent aujourd'hui.
La jeunesse ne regarde plus MTV quand elle peut à tout moment regarder un clip sur son ordinateur ou son smartphone sur la toile. Youtube est entré dans le quotidien des habitants de la planète. Hunter Walk, le product manager du diffuseur, racontait il y a de cela quelques mois « Nous pensons que 995 des 1000 prochaines chaînes de télévision seront créées sur Youtube » et il pourrait avoir raison. Un avenir qui semble tout tracé et qui commence à faire de l'ombre aux offres institutionnelles qui paraissent surannées et fades dans leur salon, engoncées dans leur origine cathodique.

Mise au point sur...Moi
Avec Youtube, on diffuse de tout mais pas n'importe comment. Pour pouvoir monétiser vos vidéos sur la dernière mode de maquillage en vogue à Miami, de vos présentations de téléphones portables ou de tablettes coréennes, de recettes de cuisine Maori ou de walkthrough marathon sur un jeu vidéo, il faut signer un accord avec une entreprise qui garantira pour vous la viabilité des informations que vous diffuserez.
Ces entreprises, appelées aussi des Networks, proposent aux internautes de passer partenaires Youtube. « Vous ne devez pas mettre en ligne de contenu susceptible d'être protégé par des droits d'auteur si vous n'avez pas obtenu l'autorisation explicite de l'utiliser dans la vidéo en question. » c'est une loi du diffuseur, inscrite sur ses tablettes. Tous les utilisateurs le savent, en signant un contrat avec un Network, ce dernier s'occupera de gérer les droits de diffusion avec l'entreprise en question. Pas de partenariat et c'est votre chaîne qui peut sauter à tout moment si vous décidez malgré tout de monétiser vos vidéos.
Une construction pyramidale que Microsoft remet aujourd'hui en question. Le directeur du développement de la série Halo a tenté de rassurer les joueurs après que Microsoft ait annoncé que les jeux Halo, Forza Motorsport, Fable, Kinectimals, Kinect Adventures, Kinect Joy Ride, Age of Empire, Flight Simulator, Kameo, Perfect dark Zero, Project Gotham Racing, Shadowrun ou Viva Pinata ne seraient plus monétisables via Youtube et ses Networks.

« Nous n'empêchons pas les joueurs qui veulent streamer les jeux qu'ils aiment sur Youtube, nous voulons simplement que de grosses compagnies arrêtent d'utiliser des licences qui ne leur appartiennent pas pour se créer un business », une manière de dire que finalement Microsoft veut sa part du gâteau et qu'en plus, les joueurs qui pouvaient gagner un peu d'argent avec leur skill, leur talent d'orateurs ou leur approche fantaisiste de la vidéo ou du montage, pourront toujours le faire, mais évidemment gratuitement. Sympathique. D'autant que la firme de Redmond à travers cette mise en place n'hésite pas à remettre en question le business-model de Google à travers son outil de diffusion. Les industriels espèrent-ils un changement à ce niveau ? Microsoft est-il marginal dans cette approche du problème ?
Si par ricochet ce sont les joueurs qui pourraient en payer le prix, Microsoft attaque clairement la politique de Networks établis depuis plusieurs années comme Machinima par exemple. Machinima est un Network qui s'est construit sur la diffusion de contenus liés aux jeux vidéo, qu'adviendrait-il si par exemple Rockstar interdisait qu'on utilise l'image de Grand Theft Auto sur youtube ou Nintendo son Mario quand ces vidéos font des millions de vues ? Que dire des commentateurs de SC2 si Blizzard suivait aussi le mouvement en interdisant la monétisation ou la professionnalisation de nombre d'intervenants du milieu via leurs chaînes partenaires ?

Si c'était le cas et on en est bien loin, certains continueront de monétiser des moments de leur vie privée comme cette scène que beaucoup connaissent et qui est devenue culte : cette histoire de dentiste et de mondes parallèles, a rapporté plus de 115 000€ à son auteur, un joli pactole. Google deviendra-t-il un vendeur de souvenirs ? Au début de l'année 2012, Reuters publiait un article qui faisait état du nombre approximatif de vues que générait Youtube quotidiennement. 4 milliards de vidéos sont ainsi vues tous les jours, chaque minute ce sont 60 heures de vidéos qui sont uploadées sur la plateforme contre 48 en mai 2011. Et si vous aimez les chiffres, allez donc faire un tour sur One Hour per Second , une manière ludique de faire le tour du propriétaire. Les mois à venir nous diront si d'autres constructeurs ou éditeurs choisiront de suivre la voie que Microsoft semble prendre.



