S'attaquer à un monument de la culture comme 007 n'est jamais aisé, que cela soit au cinéma ou en jeu vidéo. Le studio a aussi choisi de se libérer d'une grande partie du passif de la licence, avec un nouvel acteur et ce qu'on pourrait appeler un prologue à sa carrière. Plus de dix ans après le dernier jeu impliquant l'agent imaginé par Ian Fleming, voici enfin 007 First Light, qui ne manquera pas de diviser l'opinion du public, comme l'ont fait ses prédécesseurs.
- Genre : Action-aventure, Infiltration, Jeu à la troisième personne
- Date de sortie : 27 mai 2026
- Plateformes : PC, PS5, Xbox Series, Switch 2
- Développeur : IO Interactive
- Éditeur : IO Interactive
- Prix : 69,99 €
James Bond Jr.
Oubliez la guerre froide originelle et l'image d'espion suave qui sont habituellement associés à James Bond. Au début de First Light, un relativement jeune Bond (26 ans tout de même) fait encore partie de la Royal Navy, mais le dérapage d'une opération qu'il parvient à sauver tant bien que mal, le met en contact avec le MI6. On peut dire que IO fait bien les choses, puisqu'une partie significative de l'histoire couvre l'entraînement du futur 007 et son intégration dans le groupe de candidats. Elle intègre une longue séquence d'entraînement qui parvient à être à la fois une des plus convaincantes et interactives jamais rencontrées.
Les piliers de la licence sont tous au rendez-vous, même s'ils portent de nouveaux visages, que cela soit M, Q, Moneypenny ou James lui-même. Le fait qu'il soit encore jeune et inexpérimenté permet d'excuser les quelques entorses faites au personnage normalement suave et flegmatique. Joué par Patrick Gibson cette fois, il nous a davantage fait penser à un jeune Tom Cruise mélangeant ses rôles entre Top Gun et Mission Impossible plutôt qu'à Sean Connery ou à Pierce Brosnan.
On va éviter les spoilers, mais la suite des événements suit exactement le genre de déroulement auquel on peut s'attendre dans un film sur l'agent 007 : l'infiltration, gadgets, poursuites sous différents formats, romances dangereuses, bagarres tant à mains nues qu'avec des armes à feu, etc.
Pour les fans indéfectibles de la licence, cela peut passer, mais la longueur relativement importante de l'histoire principale (15 heures environ) donne l'impression de faire un marathon de ses films. Les clichés propres au genre ressortent d'autant plus et il est difficile d'en parler sans être spécifique : le nombre de fois que James Bond se fait capturer ou désarmer frôle le ridicule.
Disons simplement que l'histoire de First Light a ses lourdeurs et que James peut passer à la fois pour un amateur écervelé et pour une victime du scénariste, plutôt que pour le meilleur agent au service de Sa Majesté. En dehors de ce point, 007 First Light s'avère néanmoins très fidèle à l'esprit de la licence et dans ce domaine, les fans devraient être servis.
Pour les autres, cela devrait se laisser suivre tout de même, puisque l'histoire aborde plus ou moins directement des thèmes d'actualité : IA, milliardaires égocentriques, Brexit et la nouvelle forme que prennent les conflits modernes. Les nombreux dialogues s'avèrent aussi suffisamment distrayants, avec un doublage (en anglais) de qualité pour que la recette prenne. 007 First Light a indéniablement un aspect très cinématographique.
Espions ou assassin ?
Si vous l'ignorez encore, 007 First Light est développé par IO Interactive, le studio auquel on doit les jeux Hitman. Les deux licences ont beaucoup de points communs, il n'est donc pas étonnant de voir l'influence importance de Hitman dans ce nouveau titre, avec des éléments qui ont même pu être transposés directement en termes de gameplay.
Bien qu'il dispose d'un permis de tuer, James Bond est un espion et un touche tout à tout (voire touche à toutes). Le jeu alterne entre différentes phases au gameplay distinct. Une part notable implique d'escalader et de franchir des obstacles, souvent marqués de bandes blanches, de flèches de couleur et de bâches jaunes et d'autres indices visuels aussi subtils qu'un panneau de signalisation. Il lui faut ensuite infiltrer différents lieux en faisant bon usage d'un costume, de la discussion, mais aussi de son bagout légendaire pour bluffer ses interlocuteurs.
C'est un des points forts du jeu et le domaine dans lequel l'influence de Hitman est la plus forte. James dispose de plusieurs moyens d'atteindre son objectif, se déplacer adroitement est une solution pour ne pas se faire repérer, mais passer par le porte de devant en se faisant passer pour le prof de Yoga est aussi une possibilité. Si vous préférez les approches plus directes, personne ne vous jugera si vous faites juste parler vos poings, voire la poudre.
Cela donne une certaine rejouabilité à plusieurs segments de l'aventure, ce dont le studio n'a d'ailleurs pas manqué de profité avec le mode tactique, dont on reparlera un peu plus loin. Les pugilats de 007 sont très basiques, on enchaîne les coups de poings, avec une touche pour parer ceux de l'ennemi, une autre pour esquiver les tacles et la possibilité d'attraper sa cible pour la projeter. Cela a le mérite d'être facile à prendre en main, au point de permettre à James de gagner un combat à mains nues face à un groupe de mercenaires dotés d'armes automatiques.
Les fusillades sont plus ou moins du même niveau, Bond peut parfois utiliser son pistolet avec silencieux, mais comme il a la fâcheuse tendance de le perdre, les armes de ses adversaires font aussi l'affaire. Les meubles et les véhicules servent de couverture tandis que la majorité des ennemis visent comme des Stormtroopers dont ils partagent aussi le nombre. La présence de snipers bien plus redoutables, ainsi que de grenades, vient néanmoins épicer les choses. La réelle difficulté vient de la gestion des munitions, puisque 007 refuse d'en stocker assez et que l'ennemi utilise un arsenal d'une diversité extravagante.
Il y avait-il vraiment besoin de quatre modèles de fusil d'assaut aux performances similaires, mais aux munitions mutuellement incompatibles ? La formation d'argent de James n'a visiblement pas été terminée non plus, puisqu'il ignore qu'un fusil de sniper ne s'accroche pas à la ceinture. Pour compenser, il a tout de même appris à restaurer sa santé en soufflant quelques secondes, comme dans Call of Duty. C'est tout sauf un TPS exigeant, même si les 150 ennemis arrivés sur les lieux dans 3 SUV devraient tout de même parvenir à vous mettre la pression.
Q-Watch Dogs
Il y a une bonne raison l'apparente simplicité des combats et de l'infiltration, James Bond ne serait pas le (futur) agent 007 sans les gadgets étranges concoctés dans les labos du MI6. Ils sont visités en personne un paquet de fois et il faut admettre qu'ils reproduisent bien le ton enjoué des films, tout en proposant des instruments modernes, voire relevant encore de la science-fiction pour vous assister.
Le HUD avec les informations essentielles et le scanner sont fournis par les lentilles invisibles portées par James. Sa montre sert de complément et elle s'avère capable de pirater à distance la majorité des appareils électroniques dans votre champ de vision, même un vieil aspirateur, chapeau Q ! Cela pourrait transformer le jeu en pâle copie de Watch Dogs, mais la gestion de la batterie de la montre limite son utilisation. Elle reste néanmoins votre instrument d'infiltration le plus puissant et son usage lors des combats n'est pas à sous-estimer, avec quelques utilisations plutôt créatives.
D'autres gadgets facultatifs font leur entrée en jeu au fil de votre progression, comme le bracelet laser, le téléphone lance fléchettes ou le bon vieux stylo lance-roquettes entre autres. Ils sont rechargés en pompant la batterie des appareils rencontrés, ou en mélangeant différents produits chimiques. Trois à quatre gadgets (dont la montre obligatoire) peuvent être équipés à la fois, ce qui en fait un choix stratégique en fonction de l'approche désirée, il n'est pas possible de tout embarquer.
Un bon point est que tous ces gadgets sont utiles à la fois pour se faufiler dans la base ennemie discrètement en détournant l'attention, mais aussi pour prendre le dessus au combat. Le laser peut faire fondre un cadenas, mais il peut aussi désarmer un soldat, ou aveugler provisoirement un civil pour passer discrètement (tout en lui décollant la rétine).
Stimulation tactique
La combinaison de tous ces éléments donne un gameplay assez dynamique, alternant des dialogues efficaces, des phases d'infiltration demandant un minimum d'observation et de réflexion, des scènes d'action typiques, mais spectaculaires et des phases de poursuite qui le sont tout autant. Le résultat est très convaincant et même si ce n'est pas d'une profondeur incroyable, la longueur de l'histoire principale est bien calibrée : suffisamment longue et riche en rebondissements pour être satisfait et elle sait aussi s'arrêter quand on est sur le point de vraiment s'en lasser.
Mais les joueurs qui en redemandent, ou qui cherche une raison de relancer le jeu plus tard n'ont pas été oubliés et on retrouve vraiment la marque de fabrique du studio via la Simulation tactique. Ce mode de jeu accessible via le labo de Q durant la campagne, ainsi que via le menu principal, permet plus ou moins de rejouer les missions de la campagne. Les différents niveaux et environnements sont réutilisés dans toutes sortes d'épreuves à la difficulté croissante, avec des défis supplémentaire à accomplir et des contraintes imposées. Cela consiste par exemple à finir un niveau aussi vite que possible sans tirer une seule balle.
Ce mode de jeu dispose de son propre axe de progression, avec des armes et des gadgets à débloquer, mais aussi des tenues. Si vous êtes vraiment convaincus par le gameplay du jeu, vous pouvez aussi chercher à figurer au sommet du classement des points. Cela ne sera pas pour tout le monde, mais c'est un complément appréciable, d'autant que des éléments n'ayant pas pu être intégrés à l'histoire principale devraient aussi être ajoutés au fil des mises à jour.
Des mises à jour dont 007 First Light aura surtout besoin en termes d'optimisation des performances sur PC. Peu de bugs ont été rencontrés lors de nos sessions de jeu, mais le plus gênant étant la dégradation catastrophique des performances, qui étaient déjà loin d'être fantastiques par défaut, après avoir consulté le menu des objectifs. Il se peut que vous rencontriez des problèmes plus sérieux si vous ne disposez pas d'une configuration haut de gamme.

































