Près de deux décennies après la sortie du premier opus de la saga The Witcher, certaines langues se délient du côté du studio CD Projekt Red. Si la cinématique finale du jeu sorti en 2007 reste l'un des moments les plus marquants de la franchise, voir de l'histoire du RPG, elle est aujourd'hui remise en question et une source de regrets pour son scénariste principal. Le twist de fin n'aurait pas du tout être celui que l'on a pu voir, et d'après le développeur cette fin a enfermé la licence dans une direction politique complexe au détriment de l'essence même de ce qu'est l'œuvre du Sorceleur.
Le twist de trop : quand le spectaculaire piège la narration
Pour les joueurs qui s'en souviennent encore, la fin du premier The Witcher se concluait par une cinématique inattendue où Geralt déjouait une tentative d'assassinat contre le roi Foltest et découvrait que le tueur était en réalité un autre Sorceleur, Letho de Guletta. Si ce "cliffhanger" a suscité beaucoup de stupeur et de réactions positives à l'époque, Artur Ganszyniec, le responsable de l'histoire du jeu original, porte aujourd'hui un regard très critique sur cette décision.
Dans une récente interview, il a confié que cette fin était, avec le recul, une erreur stratégique majeure pour la franchise. L'idée de l'assassinat de Foltest ne figurait pas dans le script initial, et elle a été ajoutée tardivement pour offrir une conclusion spectaculaire au jeu et pour justifier un un récit politique dans le second épisode.
D'après Artur Ganszyniec, cet ajout a peut-être desservi les jeux qui ont suivi sur un plan purement narratif. Il l'explique en déclarant ; "Le problème, c'est que cela a forcé la suite à devenir une histoire de sorceleurs qui tuent des rois pour une raison obscure, au lieu de se concentrer sur le voyage personnel de Geralt". Ce basculement a transformé un chasseur de monstres solitaire en un acteur malgré lui des intrigues politiques qui se déroulent dans différentes cours médiévales. Une trajectoire que les scénaristes n'avaient pas forcément prévu de rendre aussi centrale au départ, créant ainsi une rupture avec l'essence même des œuvres littéraires de Sapkowski.
Une décision lourde de conséquence pour les jeux The Witcher ?
Cette "improvisation" de fin de développement imposée par un conseil d'administration ou par la direction de CD Projekt RED, même Artur ne le sait pas réellement, a eu un impact très important sur le jeu The Witcher 2 : Assassins of Kings. Même le titre de cette suite montre dans quelle impasse narrative se sont retrouvés les développeurs, avec un Geralt qui devait désormais naviguer dans un monde géopolitique très complexe pour blanchir son nom suite à la fin du premier opus. Le scénariste regrette que cette direction ait pris le pas sur les thématiques fondamentales qui étaient la base du personnage. Il le détail lors de l'interview en disant ; "Nous avons perdu de vue ce qui rendait Geralt unique, c'est-à-dire ses dilemmes moraux face aux monstres et aux hommes de la rue".
Le choix d'avoir lié le destin du Sorceleur à celui des rois et des reines, le studio semble s'être retrouvé bloqué dans une structure narrative où les enjeux possiblement trop politiques, aurait pu impacter lourdement le développement du personnage de Geralt. Bien que cette orientation ait permis à la franchise de gagner en envergure et de s'imposer comme un monument du "RPG politique", le scénariste estime qu'un retour à une échelle plus humaine et fantastique aurait été préférable. Aujourd'hui, alors qu'un remake du premier jeu est en cours de développement, la question peut se poser : CD Projekt Red osera-t-il retoucher cette fin improvisée ou restera-t-il fidèle à cette "erreur" qui a pourtant forgé l'identité de la trilogie ?
De notre point de vue, on comprend ce que veut dire Artur Ganszyniec, et ce, même si 20 ans après on ne peut pas dire que cette décision est mauvaise étant donné le succès à la fois critique et commercial des jeux. Néanmoins, difficile de ne pas penser au fait que ce choix a bel et bien pu empêcher d'autres récits dans la franchise et qu'une fin ouverte aurait certainement permis aux développeurs d'être plus "libres" et plus cohérentes par rapport à ce qu'est The Witcher, surtout lorsque l'on prend les livres comme base de travail.
The Witcher est l'une des sagas de jeu vidéo les plus connues et respectées au monde, notamment depuis la sortie de The Witcher 3 : Wild Hunt. L'arrivée prochaine de The Witcher 4, quant à lui, pourrait bien faire passer les aventures de Geralt et Ciri dans une dimension encore supérieure au vu des attentes qui se font déjà ressentir auprès des fans. Mais il est toujours plaisant de voir de vieilles anecdotes concernant les jeux qui ont permis de bâtir des chefs d'œuvres, tel que ce fut le cas avec le tout premier The Witcher et cette fin "controversée".








