L’avènement de l'intelligence artificielle générative n'est clairement plus un cas isolé, mais bien une réalité dans l'industrie vidéoludique, sauf que certains gros studios du secteur restent encore très sceptiques. Interrogé récemment, Michał Nowakowski, le co-PDG de CD Projekt Red, a partagé sa vision de l’avenir quant à ce qu'il pourrait advenir de la création de jeux vidéo. S’il est persuadé que des jeux entièrement conçus par des algorithmes verront bientôt le jour, il remet ouvertement en question la pertinence et la valeur d'une telle approche pour l'avenir des studios de développement.
L'IA, un danger pour le futur de la créativité dans le jeu vidéo ?
Michał Nowakowski ne nie pas la réalité de l'avancée technologique qui se présente dans l'industrie ; c'est un fait, les productions massivement assistées, voire totalement créées par l'intelligence artificielle arrivent de plus en plus sur le marché. Le dirigeant de CD Projekt Red confie avoir échangé directement avec des directeurs de nouveaux studios construits autour de ce modèle de fonctionnement. Il cite d'ailleurs l'un de ses confrères pour illustrer cette accélération inattendue ; "Je dirige un studio principalement basé sur l'IA. Je peux générer 40 prototypes en une semaine. Deux semaines plus tard, je sélectionne les cinq meilleurs et, après trois semaines, je lance le jeu".
Cette logique d'industrialisation poussée à l'extrême et de vouloir maximiser une rentabilité immédiate laisse le patron du futur The Witcher 4 de marbre. Face à cette course aux algorithmes et à la rapidité, sa réaction est tranchée et il appelle à la prudence en déclarant au cours d'une interview avec Edge's Knowledge newsletter ; "C'est peut-être une méthode qui fonctionnera pour certains, mais je doute sincèrement que ce soit la bonne voie à suivre pour notre industrie". Pour lui, la réduction du processus de création en laissant des "prompts" créer l'entièreté ou la majorité d'un projet élimine l'essence même du développement. Cette automatisation pose d'importantes questions sur l'identité des œuvres produites et l'avenir des studios traditionnels.
L'âme des jeux en opposition avec la réalité du marché
Pourquoi existe-t-il une telle réticence de la part d'un des studios les plus influents au monde ? En réalité, c'est assez simple, puisque le problème se situe en grande partie au niveau d'une guerre féroce qui est en cours pour l’attention des consommateurs et leur temps de jeu. Le marché du divertissement est aujourd'hui complètement saturé par des milliers de sorties annuelles de jeux vidéo, et suffit de voir le nombre de titres qui sortent sur Steam tous les ans pour s'en rendre compte. Sauf que ce n'est pas tout, car à cela, il faut ajouter les films, les séries et le temps accaparé par les réseaux sociaux. Dans ce vaste océan de contenus, multiplier les propositions "génériques" n'est pas une stratégie viable économiquement pour sortir du lot.
Pour Michal Nowakowski, la clé du succès d'un projet se trouve dans un facteur purement humain, impossible à reproduire par une machine et qui saura proposer quelque chose de différent. Le PDG polonais insiste sur le fait que pour percer et toucher le cœur du public, un projet doit avant tout posséder "une idée fraîche, une âme et des arguments solides". C'est précisément cette "âme" créative qui permet à une œuvre de se démarquer. Au-delà des considérations éthiques, techniques ou écologiques qui animent les débats actuels au sein de la communauté des développeurs dans les studios de jeux, et CD Projekt Red rappelle que le jeu vidéo doit demeurer avant tout un art guidé par l'émotion humaine plutôt que par des lignes de code automatisées et contrôlées par une intelligence artificielle.







