Pour sa sortie très attendue, presque tout le monde le sait maintenant, mais Grand Theft Auto 6 fera l'impasse sur l'habituel disque inclus dans ses versions boîte, n'incluant qu'un simple code de téléchargement. Cette décision, combinée aux projets de Sony visant à éliminer les supports physiques d'ici le mois de janvier 2028, suscite une vive colère chez certains développeurs et les défenseurs de la préservation des jeux vidéo, ouvrant un débat qui pourrait bien durer un moment si aucune solution n'est trouvée.
GTA 6, un choix perçu comme une trahison
Le choix de Rockstar Games de proposer une boîte vide contenant uniquement un code numérique accélère brutalement la transition vers un marché qui bascule de plus en plus vers le tout-numérique. Pour Marek Tyminski, PDG de CI Games et éditeur de Lords of the Fallen 2, cette stratégie fragilise directement les studios qui s'efforcent encore de soutenir les éditions matérielles et pour qui la présence en boîte est un plus pour leurs ventes ou leur présence marketing dans les magasins. Selon lui, "l'expédition de GTA 6 sans disque semble injuste pour les studios qui soutiennent encore le physique". En agissant de la sorte, le géant américain légitime et précipite la disparition des rayons physiques, entraînant potentiellement dans son sillage des constructeurs importants de l'industrie, comme Sony.
La firme japonaise a été claire en annonçant vouloir mettre fin à la production de disques dès le début de l'année 2028. Cette dynamique est en train de créer un effet de panique et un effet boule de neige, rendant la commercialisation d'éditions physiques de moins en moins viable pour les éditeurs de taille moyenne ainsi que pour les studios indépendants, qui misent parfois beaucoup sur la présence en boutique pour exister. Les experts en préservation du jeu vidéo craignent également qu'une dématérialisation totale ne favorise, à terme, le piratage et fasse énormément de dégâts au niveau des finances des studios, faute d'alternatives durables pour conserver les œuvres. Alors que certains estiment que maintenir le format physique relève d'une bonne stratégie de relations publiques, Marek Tyminski reste lucide et pense que "cette option ne sera probablement plus économiquement défendable d'ici quelques années".
La dure réalité financière derrière l'abandon des disques
Derrière cette guerre des formats se cache une réalité économique implacable et difficilement réfutable qui désavantage fortement les créateurs de jeux. Marek Tyminski a partagé des chiffres assez transparents pour illustrer ce déséquilibre financier. Sur un jeu vendu au prix fort de 69,99 dollars en magasin, la marge du détaillant capte entre 25 et 35 %, les distributeurs prélèvent 10 à 20 %, et les coûts de pressage du disque et de fabrication physique s'élèvent à environ 10 dollars. Au bout du compte, il ne reste qu'un peu plus de 26 dollars par unité pour le studio de développement sur le prix total du jeu une fois acheté par un consommateur. En comparaison, une vente numérique génère environ 49 dollars de revenus pour le studio grâce à des marges bien plus élevées.
Le PDG de CI Games explique également que "d'un point de vue purement axé sur le retour sur investissement, le choix est évident". Les grands éditeurs s'en sortent mieux grâce aux volumes de jeux qui sont pressés et étalés dans les rayons, mais la rentabilité du numérique reste imbattable quand on la compare froidement au format physique. Cette transition menace directement les boutiques spécialisées de jeux vidéo, qui perdent leur cœur de métier, et elles vont vite devoir se renouveler pour ne pas être vouées à disparaître. Bien que le studio CI Games prévoie toujours la sortie d'un disque pour Lords of the Fallen 2, prévu pour le début de l'année 2027, justifier une telle décision devient un véritable casse-tête économique, et les arguments financiers sont très souvent ceux que les constructeurs, les actionnaires et les décisionnaires regardent en premier.








