C'est peut-être le jeu qui a le plus fait de bruit sur Youtube et les réseaux en ce début 2026, certains allant même jusqu'à comparer l'engouement autour de Crimson Desert aux productions Rockstar, rien que ça. Voilà maintenant plus de 60 heures que nous explorons les régions de Plywel, une expérience dans laquelle la quantité prévaut sur la qualité : voici notre verdict complet sur le premier jeu solo de Pearl Abyss.
- Genre : RPG en monde-ouvert
- Date de sortie : 18/03/2026
- Plateformes : PC, PS5, Xbox Series
- Développeur : Pearl Abyss
- Éditeur : Pearl Abyss
- Prix : 69,99€
- Testé sur : PC
Climson Desert
Ça tourne mal pour le clan des Crinières Grises : après l'hommage rendu à un défunt collègue, la troupe se lance dans une charge vengeresse contre les Ours Noirs, responsables de leur peine. Mais le règlement de comptes va rapidement tourner au vinaigre et le chef des Ours Noirs va massacrer Kliff, le chef du clan, puis le projeter du haut d'une falaise. S'ensuit pour le guerrier un voyage à travers une autre dimension du monde de Plywel, dans laquelle il fera la rencontre d'un mage lui annonçant que son destin s'étend bien au-delà de ces petites querelles claniques. De retour dans le monde des vivants, Kliff décidera alors de reformer son clan, bien décidé à remettre de l'ordre en Hernand, Pailune et au-delà.
Voilà pour ce pitch de départ, finalement assez classique, mais qui va tout de même avoir une "certaine saveur" en parcourant les premières heures de jeu : les événements s'enchainent de manière très étrange et suite à une quête épique à travers les dimensions, vous devrez, sans le moindre ajout de contexte, aller ramoner une cheminée et descendre un chat coincé dans un arbre. C'est là que les premiers stigmates de ce que devait être Crimson à la base se font sentir : prévu pour être un MMO au début du projet, CD a finalement été transformé en jeu solo, mais en gardant le contenu prévu pour sa base multi. Du coup, certaines quêtes de MMO se voient collées bout à bout pour former un fil unique sur Crimson Desert, ce qui donne bien souvent un enchainement de situations qui n'ont rien à voir les unes avec les autres.
Heureusement les choses se stabilisent un peu une fois arrivé au chapitre 4, ce qui correspond à une bonne quinzaine d'heures d'aventure. Mais quand bien même, le mal est fait : l'univers foutraque dépeint pendant cette mise en bouche a eu le temps de complètement nous déconnecter du sort des Crinières Grises et en particulier de Kliff, un personnage principal creux et autrement moins expressif qu'un Link pourtant muet. Aussi, même si les objectifs se font plus clairs à partir du second quart, cela ne signifie pas qu'ils sont intéressants ou bien présentés pour autant. Crimson tente de reproduire la narration de Red Dead Redemption 2, mais ça ne prend jamais vraiment et ça vient même alourdir l'ensemble du jeu. Chaque quête principale ou liée au camp des Crinières Grises est l'occasion d'une longue balade à pieds ou à cheval pendant que l'on vous balance des lignes de dialogues d'une banalité assoupissante.
Alors on finit par couper le cerveau et à enchainer les objectifs, en rigolant tout de même à intervalles réguliers en se demandant ce qu'on fout là. Quant aux deux autres personnages jouables, ils sont "là", mais les raisons de les incarner et leur intégration à l'histoire sont amenées au chausse-pieds. Vraiment, on le verra également dans le gameplay, mais Crimson Desert est un jeu fatigant, parce qu'il vous fait passer sans cesse par des tas d'émotions contradictoires. Par exemple, pouvoir accélérer les cinématiques est une excellente idée, mais ne pas pouvoir les passer même après les avoir déjà vus une fois, pourquoi ? D'autant que certains checkpoints sont hyper mal placés et vont parfois vous demander de refaire une séquence entière pour revenir au moment de votre défaite.
"Regarde tout ce qu'on peut faire !"
Alors voilà, on y est enfin, face à ce mastodonte aux 1000 promesses que les trailers et les vidéos Youtube nous ont vendu comme des chefs. Et comme on pouvait le craindre, plus de 80% de ce qu'il nous a fait miroiter n'a que peu d'intérêt ou ne fonctionne tout simplement pas. Alors oui, quand on propose des dizaines de systèmes, dans le lot il y en a forcément qui vont marcher et procurer un peu de plaisir, mais noyés dans le reste, ça ne pèse pas bien lourd. Il y a tout de même ce fameux "wow effect" lorsque l'on est enfin libres de nos mouvements : la distance d'affichage quasi-inédite aide pas mal, mais le fait de se dire que tout ça est à explorer et qu'il est possible de grimper partout, de miner, pêcher, etc, oui, ça marche.
Mais si le plaisir tiré d'un jeu vidéo provenait uniquement de la contemplation de jolis paysages ça se saurait : c'est quand on commence à s'investir dans son monde que l'on comprend rapidement que Crimson n'a absolument rien de révolutionnaire et n'est tout simplement pas au niveau des grands mondes-ouverts (grands par leur qualité, pas par la superficie de leur carte). Un véritable cas d'école, qui nous fait prendre conscience à quel point le travail nécessaire pour réussir un open-world qui se tient doit être colossal.
Mais commençons par ce qui fonctionne à peu près : les combats et l'exploration. Les affrontements du jeu sont assez basiques et si Kliff est capable de réaliser des actions variées, les vagues d'ennemis auxquelles il aura à faire ne vous pousseront jamais à utiliser ses options. D'ailleurs Crimson va tenter de combler la faiblesse de ses combats en multipliant par 10 le nombre de soldats à éliminer. Le moindre camp de taille moyenne de la carte vous demandera 20 bonnes minutes de tranchage dans le vif ininterrompu et sans grand intérêt. Au moins ça se tient, les sensations sont là et les différentes armes permettent de varier les plaisirs régulièrement.
Mais ça reste CD, alors il y a quand même beaucoup à redire : la caméra va très souvent se placer trop haut par rapport au personnage contrôlé, lorsque vous appuyez sur pause le jeu continue de défiler pendant 2 secondes pouvant entrainer la mort et toutes les arènes de boss sont synonymes d'imprécisions et de phases d'invincibilité très peu lisibles. Voilà pour quelques exemples, mais il faut bien comprendre que l'ensemble du jeu souffre de cette imprécision constante qui fait que, même lorsque l'on fait quelque chose d'intéressant, il est impossible de prendre totalement du plaisir.
L'autre pan de CD qui fonctionne, mais toujours avec de grosses réserves, c'est son exploration. Pour progresser, vous devrez récupérer des artéfacts abyssaux, synonymes de points de compétences pour Kliff ou les deux autres personnages. Il y a différentes manières de les débloquer, mais la plus commune est de les trouver dans les environnements ou de remplir la barre d'expérience bien cachée pour faire style "c'est pas un RPG ici". On se met alors à faire briller sa lame pour balayer les alentours et dénicher des points d'intérêt souvent placés à des centaines de mètres : on l'a déjà dit, on voit très loin dans Crimson Desert et c'est d'ailleurs l'une de ses plus grandes qualités. Seulement voilà, l'aboutissement de ces voyages n'est jamais très satisfaisant : soit le point de compétence est bêtement posé sur le chemin, soit il s'agit d'un point de voyage rapide.
Il y a bien quelques puzzles à sauver, mais dans l'ensemble, ratisser les points de la carte devient vite très fatigant, d'autant que certaines activités ne peuvent être accomplies qu'après avoir passé un certain point avancé de la quête principale, comme les sanctuaires. Mais aller d'un point A à un point B est relativement satisfaisant dans le jeu, que ce soit à cheval ou grâce aux différentes compétences de parcours. On note aussi quelques belles découvertes, comme des équipements abyssaux aux capacités spéciales qui vont apporter un gros coup de boost à votre puissance, ou aux sorcières qui vont vous offrir la possibilité de construire vos propres joyeux abyssaux à placer dans vos équipements. L'exploration va également vous mener à la récolte de nombreuses ressources qui vont vous permettre de reconstruire le camp des Crinières Grises, avec une gestion de base bien cool, quasiment copiée-collée de Black Desert Online.
Quelques bonnes idées donc, mais plus que toutes les approximations de ces nombreux systèmes et de la maniabilité tout sauf intuitive du titre, c'est la sensation globale de grand déséquilibre qui vient enfoncer le dernier clou, toujours avec de grandes contradictions. C'est top de débloquer une pseudo-paravoile, ça l'est beaucoup moins de l'utiliser tant l'endurance manque en début de partie. C'est top de pouvoir tirer un arbre grâce à sa main abyssale pour se projeter en l'air, ça l'est moins de constater que ça nous déplace de 2 mètres grand max. Vous avez capté, toutes les features qui sonnent cools ont leur lot de problèmes ou de lourdeurs, qui les rendent laborieuses à utiliser. Avec le temps de jeu et la progression, les choses se tassent, mais cela n'enlève rien au côté "branlant" de l'expérience globale
La réalité finit toujours par vous rattraper, peu importe à quel point vous êtes avancés dans l'aventure. Il y a toujours quelque chose qui déraille, quoi que vous tentiez : entre les bugs de collision, les interactions imprécises au possible et la lourdeur globale de la maniabilité... Il faut s'investir pour prendre du plaisir sur Crimson et passer l'éponge sur de nombreuses errances. Le fin du fin, ce sont les problèmes de script, qui peuvent complètement bloquer votre progression. Ouep, faites bien attention, ce jeu contient des bugs bloquants, et pas qu'un peu. Lors de nos 65 heures de jeu, nous avons eu plusieurs objectifs de quêtes qui ne se validaient pas, dont un qui nous a carrément empêché de conclure l'histoire du jeu. Alors ça pourra toujours être corrigé par un patch ou des mises à jour ultérieures, mais ça reste particulièrement rageant, surtout sur un titre vendu 70€.
La folie des grandeurs
Voilà un point sur lequel il est bien normal que l'on en fasse des caisses : ce monde-ouvert immense, souvent sublime et avec une distance d'affichage à couper le souffle. Alors attention, histoire de prévenir, nous l'avons testé sur une config à base de Ryzen 7 7800X3D et de RTX5080, soit quasiment les meilleures conditions possibles. Et pourtant, pourtant, même avec les réglages en cinématiques et le jeu tournant comme un charme en 2K dans ce mode ultra-gourmand, on est encore un cran en dessous de Red Dead 2. Le popping dans Crimson est assez violent et surtout, les phases de matinée et de soirée amochent considérablement les décors. En gros, CD est à son prime de 8h du matin à 18h le soir, le reste du temps c'est joli certes, mais sans plus.
Et puis au-delà du monde, il y a cette direction artistique sans visage, pétrie de clichés... Un immense fourre-tout avec bien peu de cohérence, qui ne pousse pas à s'investir davantage dans l'univers. On aurait aimé compter sur la bande-son pour rattraper l'immersion, mais là non plus, rien de bien mémorable. Impossible de se souvenir d'une seule mélodie, ou d'une seule musique d'ambiance : le gros de notre expérience a surtout été nimbé de silence. Ainsi, même dans ce qu'il a de meilleur, Crimson ne parvient pas à convaincre pleinement... Dommage, parce que le potentiel était énorme.



















