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Rainbow Six Siege - De « dead game » à titre majeur de l’esport

Rainbow Six Siege - De « dead game » à titre majeur de l’esport
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Rainbow Six Siege attire aujourd'hui la lumière des projecteurs et semble pris au sérieux par les acteurs de l’industrie esportive. Sauf que cela n’a pas toujours été le cas. Retour sur la destinée fabuleuse d’un vilain petit canard qui déploie à présent ses ailes, façon Aigle royal.

Rainbow Six Siege - De « dead game » à titre majeur de l’esport

Non, Rainbow Six n’est pas un jeu sur lequel on évolue aux commandes de terroristes. Ce n’est pas non plus un jeu où l’on pose des bombes. Le lore du titre qui s’est imposé sous l’appellation de « Siege » vous suggérera qu’il s’agit d’un entraînement virtuel, mêlant des forces spéciales de divers pays qui se préparent à empêcher des attentats aux produits chimiques.

Si vous le saviez déjà, c’est sûrement parce qu’un aficionado du FPS tactique d’Ubisoft sommeille en vous. Si, au contraire, cela vous avait échappé jusqu’ici, c’est potentiellement parce que R6:S est longtemps resté - et est encore - loin de votre univers, dans ce qu’on nomme plus communément : une position de niche. Quelque part entre une incessante concurrence avec un CS:GO et un Overwatch, voire désormais Valorant. Alors que non. Hormis le fait de s’affronter en 5 contre 5, avec des armes, dans un lieu virtualisé, Rainbow Six est bel et bien une discipline esportive unique, dont l’esprit n'est retrouvable nulle part ailleurs.

Son principal défaut ? Revêtir un costume parfois trop élitiste. Parce que les nombreuses cartes jouables. Parce que la multitude d’opérateurs existants, capacités propres à chacun incluses. Parce que le principe de destruction, ou le droning. Rainbow Six Siege repose plus qu’on ne le croit sur des principes du MOBA, en plus d’être un FPS, et cette réalité-là échappe elle aussi au plus grand nombre.

Le brouillard qui planait - et dont il reste encore quelques bribes - au-dessus de R6:S lui a valu d’avoir frôlé l’indifférence la plus totale. C'est ce qui l’a longtemps empêché de s’affirmer, d’être reconnu à la hauteur de la profondeur et de la compétitivité qui s’en émane. Mais c’est aussi et surtout ce qui sépare encore ce jeu stratégique du fameux « tier un » de l’esport.

Alors que ses principaux enjeux résident désormais en sa démocratisation et une approche pédagogique accrue pour toucher la plus grande masse possible, Rainbow Six Siege pourrait - s’il s’agissait d’un être vivant - regarder derrière soi et être fier du chemin parcouru. Son potentiel étant en passe de s'affranchir de plusieurs années de sous-estimation.

Est-il pour autant judicieux d’affirmer que Rainbow Six Siege aura les moyens d’accrocher l’influence culturelle, le potentiel économique et le prestige d’un League of Legends ou d’un CS:GO ? Je serais tenté de dire oui. Car les arguments sont là, juste sous nos yeux.

Il y a une puissance communautaire

Tout expert de Siege et de son histoire compétitive vous dira que si le jeu est devenu ce qu’il est aujourd’hui, c’est en grande majorité grâce à son pouvoir fédérateur. L’éditeur, Ubisoft, a fourni le concept, les serveurs, les compétitions, bien évidemment, mais encore fallait-il que tout cela soit dans un premier temps bien reçu par les gamers du monde entier. Ce qui s’est fait au compte-goutte. Très lentement. Jusqu’à ce qu’Ubisoft perçoive cette étincelle qui allait faire grandir son titre de façon exponentielle : sa communauté.

Les exemples de l’implication des fans de Rainbow Six dans son développement sont légion. Et ils touchent tous les échelons. À commencer par les dirigeants de son esport. On pensera à Jeremy Somville, rapidement passé de joueur compétitif sur Rainbow Six Vegas 2 à Senior Esports Brand Manager de Rainbow Six Siege. Ou à Raphaël Trinel, qui a côtoyé des structures esportives de la scène en tant que graphiste, puis manager, avant d'intégrer les rangs d’Ubisoft au titre d’EMEA Esports Marketing Artist. Vous l’aurez compris : beaucoup de carrières professionnelles liées à l’esport de R6:S ont été entreprises par ceux qui étaient d’abord des passionnés.

Culturellement aussi, Rainbow Six a toujours eu un don pour rassembler et mettre en avant la créativité de ses joueurs. Dépassant le cadre du jeu vidéo, ses personnages - dont les biographies et profils psychologiques pourraient aujourd’hui permettre d’en faire des séries de fiction sur un Netflix ou un Amazon Prime Video - ont été repris par des dessinateurs, des faiseurs amateurs de cartoons, de mangas et autres courts-métrages, de nombreux cosplays traversant le globe pour s’afficher à chaque tournoi de grande ampleur. L’univers entier de Rainbow Six, tiré des œuvres de l’écrivain Tom Clancy, fascine et apporte beaucoup de background au jeu. Une force sur laquelle les pontes d’Ubisoft comptent d’ailleurs capitaliser au cours des prochaines années.

La fièvre Rainbow Six est réelle, et n’est pas sans rappeler celle qui a bâti la réussite d’un League of Legends chez Riot Games, dont le système économique repose sur la passion des joueurs et leur investissement dans l’achat de cosmétiques en jeu. Et même si Rainbow Six Siege est encore loin d’afficher aujourd’hui le même rapport de force qu’un LoL, sa croissance semble infatigable, constante et infroissable.

L’adage dirait : lentement, mais sûrement. Que ce soit pour évoquer le nombre de joueurs ayant touché au moins une fois au jeu (plus de 55 millions actuellement, soit 20 de plus qu’en juin 2018), des audiences qui ne cessent de progresser (127 865 d’Average Minutes Audience pour le Six Invitational 2020), et des arènes toujours plus densément peuplées, comme le montre cette comparaison visuelle du public du Six Invitational 2017 à celui de 2020.

Pour comprendre davantage l'implication de la communauté et l’importance de son « accaparation » de la scène esportive, il est possible de se tourner vers certains de ses acteurs. Basé sur la production de statistiques et d’articles (pensez au site HLTV.org), récoltés - au commencement - par des bénévoles, SiegeGG a fini par être approché par Ubisoft pour produire du contenu analytique qui fut directement affiché sur les écrans de matchs lors des derniers Majors.

Autre exemple, du côté de la France cette fois-ci, avec le compte communautaire ESIX, proposant une large couverture - impliquant photos, vidéos, retransmission sur une WebTV - d’événements de la scène depuis aussi loin que remonte l’esport sur Rainbow Six. Avec plus de 27.000 followers sur Twitter, il devance doublement le compte officiel de Rainbow Six Esports France (12,2 k), lancé pour sa part l’année dernière. Autrement dit : pendant plusieurs années, avant qu’Ubisoft France ne lance ses propres canaux de communication dédiés à l’esport, ce sont des passionnés, dans la plupart du temps bénévoles, qui ont fait grandir l’esport de R6:S sur la toile.

Mais s’il y a bien une preuve de l’attachement et du pouvoir que peut exercer une communauté pour étendre la réputation d’un jeu, c’est le contexte sociologique ayant entouré la sortie de Siege en France. Nous sommes le 13 novembre 2015 : des attaques ont lieu en simultané au Bataclan, à Paris, et au Stade de France, à Saint-Denis. La capitale, le pays et le monde entier sont plongés dans une ambiance anxiogène. Le terrorisme vient de frapper mortellement. Quelques semaines plus tard, doit pourtant sortir… Rainbow Six Siege. Un jeu dont la promotion visuelle met en avant des forces spéciales inspirées très étroitement du RAID, que l’on a vu tourner en boucle sur les images de BFM TV.

Les marketeux d’Ubisoft sont en PLS. Comment faire la promotion d’un jeu basé en partie sur la violence des armes, dans un climat aussi tendu et à un timing aussi mauvais ? Voici les questions qui auront pour conséquence une sortie en catimini de R6:S dans l’hexagone. Mais plus fort qu’une campagne de pubs, c’est le « bouche à oreille » qui va finalement promouvoir la licence. Le principe et la dimension stratégique de Rainbow Six Siege sont très novateurs et vont séduire des joueurs par-ci par-là, qui vont eux-mêmes assurer la propagation du jeu auprès de leur entourage.

Sans casser la baraque, le FPS d’Ubisoft se targue dès lors d’une communauté solide et fidèle qui grossit d’année en année. Cette tendance ne va pas s’appliquer exclusivement à la France, et après quatre années d’existence, c’est une scène mondiale forte qui s’est immiscée dans le convoi.

Rainbow Six Siege

Finalement, la parfaite traduction comptable de l’intérêt porté par la communauté Rainbow Six à son esport fut sûrement sa réaction face à l’introduction du Battlepass, quelques semaines avant le Six Invitational 2020. À l’image de la façon dont Valve procède pour The International sur DotA 2, Ubisoft a proposé à ses joueurs de faire l’acquisition de bonus cosmétiques en échange d’une somme dont une partie a été directement introduite dans le cashprize du Six Invitational. Au bout du compte, celui-ci a pu atteindre la barre des 3 Millions de dollars. Un record considérable pour un tournoi qui proposait « seulement » 200.000$ de gains lors de sa première édition, en 2017.

Il y a une immense profondeur stratégique

Rainbow Six Siege est-il le FPS le plus complexe de son époque ? Oui. La « faute » à toutes les subtilités tactiques qui s’incorporent au fait de devoir se déplacer, viser et tirer. À titre de comparaison - et cela devrait en surprendre plus d’un - la ligne séparant R6:S de certains sports-spectacles traditionnels collectifs est très mince. Et tiendrait finalement presque seulement de la virtualisation des gestes des esportifs.

Basé sur un principe d’attaque contre défense, on pourrait rapprocher facilement un round de Siege à une action de Basket ou de Handball, dans laquelle une formation doit faire l’impasse devant son panier ou sa cage, quand l’autre doit trouver la brèche pour atteindre les derniers mètres et concrétiser un point.

Sur Rainbow Six, cette comparaison - un peu loufoque, certes, mais réaliste - peut aller loin, beaucoup plus loin. Aux notions ciblées plus haut s’ajoutant les principes de rythme, de mouvements, et de zones. Grossièrement, voyez une partie de R6:S comme un match de football et tous ses composants : la contestation des espaces (le positionnement), la créativité et la technique pour éliminer des adversaires (le dribble ou la passe), la pression exercée à un endroit et un moment propice (le pressing), tout en devant faire attention à ne pas se faire avoir par un mauvais positionnement ou une tentative trop ambitieuse (la contre-attaque). Puis avancer, jusqu’au but adverse, avec un diffuseur faisant office de ballon.

Très vite, le schéma tactique d’une équipe se voit alors construit avec des postes. Là où on connaît le buteur, l’ailier, le milieu récupérateur ou le gardien dans le foot, Rainbow Six se dote de son côté d’un entry fragger, d’un roamer, d’un flex ou d’un joueur sur Bombsite. Prendre le contrôle d’un opérateur sur R6:S relève ainsi bien plus que d’un objectif de faire du kill ou non. Cela s’inscrit dans des responsabilités individuelles, des tâches propres à chaque rôle - accentuées par la présence de capacités uniques - qui, si elles ne sont pas bien exécutées, peuvent mettre en péril tout le plan stratégique d’une équipe. Jouer compétitivement à Rainbow Six implique donc un esprit collectif très conséquent.

Rainbow Six Siege

Certains diront qu’il est possible de retrouver une grande partie de ces aspects sur d’autres titres compétitifs. Avec Counter-Strike en ligne de mire, ils n’auraient pas tort. Bien que Rainbow Six se démarque du jeu de Valve par la richesse et la diversité de son gameplay. Attention ! Je ne dis pas que l’un est meilleur que l’autre. Il faut d’ailleurs être bien clair à ce sujet : les deux ont des spécificités propres qui leur permettent de coexister. Et il est à tout à fait possible de prendre du plaisir sur les deux jeux, dès lors que l’on a compris que chacun peut offrir des expériences bien différentes.

En totale contradiction avec la nervosité d’un Call of Duty, Rainbow Six est un jeu plutôt lent. Pas forcément dans ses mécaniques de jeu, mais principalement pour le rythme de ses manches. Là où un round de Counter-Strike dure par exemple 2 minutes, cela prend 3 minutes sur R6:S, en plus d’une phase de préparation de 45 secondes. Sur CS, 30 rounds peuvent être atteints quand Rainbow Six n’en compte que 15 au maximum (hors overtime illimité). Pourtant, la notion de temps d’une map va être assez similaire dans les deux cas. En fait, l’action est beaucoup plus dynamique sur un Counter-Strike, où l’on se dirige plus ou moins rapidement vers la base ennemie, quand cela exige beaucoup plus de préparation et de temps sur Rainbow Six. Ce qui est dû à plusieurs facteurs. Ceux-là mêmes qui rendent la lisibilité du jeu d’Ubi un peu plus compliquée que la moyenne.

Avec en tête de liste : le façonnement des cartes. Sur un Counter-Strike ou même les MOBA que sont League of Legends et DotA 2, il existe trois voies principales pour se rendre sur l’objectif adverse. Ce n’est pas le cas sur Rainbow Six, où l’action peut venir de n’importe lequel des 360° existants. Par dessous, par dessus, sur les côtés, face à soi : verticalité et insertions tout autour de la map obligent, aucune zone n’est jamais réellement sûre. Connaître les cartes et leurs recoins sur le bout des doigts, pour performer ou lire le jeu, devient alors une exigence. Et non pas une plus-value.

Autre savoir-faire indispensable : la destruction. Sur Rainbow Six, certains murs de la carte peuvent être renforcés pour devenir blindés. Il existe des agents aux capacités directement dédiées à ces murs. Ils peuvent les détruire, ou au contraire aider à les conserver. Il n’existe d’ailleurs pas meilleur exemple que celui-ci pour illustrer le teamplay et la procéduralité qu’implique un jeu comme R6:S. Il ne s’agit pas pour les attaquants de passer par des couloirs en forçant le passage avec du stuff et du skill. Non, il faut se coordonner avec ses coéquipiers pour trouver les gadgets qui posent problème, les détruire et forcer l’ouverture d’un mur qui donnera un accès ou une ligne sur une zone importante.

La prise d’information - à l’aide des drones et des caméras - mériterait elle aussi un passage dédié et détaillé, étant donné son importance sur le déroulement d’un round. Mais retenez simplement qu’il s’agit de savoir ce que font les adversaires et comment tenter d’anticiper leurs actions.

Les équipes de haut niveau doivent travailler leur stratégie sur des plans (@Project Athena) - Rainbow Six Siege
Les équipes de haut niveau doivent travailler leur stratégie sur des plans (@Project Athena)

Très clairement, tous ces éléments stratégiques pourront en rebuter certains, quand d’autres seront attirés par ce côté ultra-développé. Le dynamisme et la recherche de l’excellence sur des actions d’un CS:GO ? La lente, mais profonde, diversité tactique d’un R6:S ? Le débat se transposerait à merveille sur le basket et le foot. Quand l’un voit sa balle remonter rapidement un petit terrain et les paniers s’enchaîner, tandis que l’autre consiste à construire plus ou moins lentement une action sur une grande étendue avant de pouvoir marquer.

Chacun pourra trouver son bonheur avec l’un et/ou l’autre, mais il faut bien garder en tête, au final, que la force de Rainbow Six, à savoir sa complexité, est à double tranchant. Si voir, et surtout comprendre, ce qu’il y a de plus beau sur R6:S a jusqu’ici été compliqué pour ceux qui se sont risqués à tester le jeu ou regarder un match, Ubisoft doit continuer de proposer des améliorations qui vont dans le sens de la pédagogie. Parce qu’un jeu qui fonctionne en esport est sensé être « easy to play, hard to master » et qu’à l’heure actuelle Rainbow Six Siege est un tantinet (beaucoup ?) plus axé sur le « hard to master », que le « easy to play ».

Il y a des développeurs en phase avec l’esport

Pour perdurer considérablement dans l’esport, un jeu se doit d’offrir la meilleure expérience possible à ses joueurs. Sur le long terme, qui plus est. Après tout, il est le support sur lequel les esportifs vont s’adonner à la compétition. Et par conséquent, le garant d’un spectacle qui doit se dérouler sans encombre.

Il n’y a qu’à voir la gestion parfois maladroite d’Overwatch pour comprendre - partiellement - les limites de son esport en Overwatch League. Un manque de contenu décrié par la communauté, une meta redondante et pas forcément appréciée du public, voire des pros eux-mêmes… Les critiques pleuvent et Activision-Blizzard doit faire face à une tempête.

Bonne nouvelle du côté de Rainbow Six : en mettant de côté les cheaters et certains bugs - dont la présence est aujourd’hui le mal principal - tout se déroule plus ou moins bien. D’un point de vue des infrastructures, même si Ubisoft est loin d’avoir trouvé la formule magique et atteint la perfection, le jeu a passé ses pires épreuves et semble aujourd’hui paré pour durer. Malgré son image de meme ambulant, il faut avouer que l’Operation Health - ayant favorisé une refonte technique du jeu au détriment de nouveau contenu, en 2017 - a fait du bien et s’est avérée vitale pour la survie de la licence.

Le développement : voici par ailleurs l’une des grandes forces des équipes en charge de Rainbow Six. Ces dernières détiennent cette capacité à innover incessamment. Pour combler le fait que le jeu soit payant - à l’inverse des tiers un de l’esport que sont DotA 2, CS:GO ou League of Legends, R6:S (dont le prix a drastiquement diminué au fil des années) propose du contenu gratuit injecté tous les trois mois. Que ce soit pour débloquer des agents, des cartes, ou leur rework, chaque joueur n’a dû sortir son porte-monnaie qu’au moment de faire l’acquisition du jeu. Toutes les micros-transactions proposées par la suite étant basées sur le choix de débloquer des éléments cosmétiques ou non.

Bon à noter : face aux mouvements migratoires des joueurs, et la sortie de Valorant devrait en faire la parfaite démonstration, Rainbow Six tire de ces ajouts réguliers une forme d’addiction. Les joueurs peuvent aller voir ce qui se fait ailleurs, y rester pour un temps, mais reviendront toujours a minima tester les nouveautés que Rainbow Six propose.

Rainbow Six Siege

Aussi, en attendant qu’Ubisoft décide de rendre son jeu gratuit - et il faudra pour cela anticiper les problèmes de cheats, de smurfing et de retombées économiques que ça impliquerait - les joueurs gagnent surtout, grâce à ce modèle, le droit de participer à une meta régulièrement rénovée. Pour l’esport-spectacle envisagé par R6:S, cela s’avère d’autre part très important, puisque les spectateurs assistent à des rencontres dont les stratégies sont censées se renouveler périodiquement. Exit la lassitude, donc.

Enfin, si tout cela est rendu possible, c’est dans une large mesure grâce à l’écoute de l’éditeur envers ses joueurs. À la difficulté de satisfaire à la fois les utilisateurs débutants, les joueurs compétitifs et les professionnels, Ubisoft répond par le dialogue et des supports concrets comme les serveurs de tests ouverts à tous. L’avantage ? C’est simple : les développeurs ont beau avoir leurs idées quand ils façonnent un nouvel agent ou une mouture à apporter au jeu, il n’y a rien de plus efficace que de voir les réactions en direct des joueurs et leur manière d’exploiter ces nouveautés. Avant de les graver définitivement dans le marbre.

Avec une équipe de développeurs au taquet, l’avenir de Rainbow Six s’annonce ainsi serein, stable et prospère. De quoi servir de bonne base à l’introduction d’un circuit esportif flambant neuf.

Il y a une structuration de l’esport, à tous les étages

S’il y a bien une chose à retenir sur le lien unissant Ubisoft, Rainbow Six et l’esport, c’est que l’un a fait s’entrechoquer les deux autres, presque par hasard, et s’en est suivi une période d’observation de 4 ans.

R6:S est le premier projet à grande vocation esportive qu’Ubisoft a placé dans son industrie. Et si on évoque aujourd’hui le « hasard », c’est parce que son studio de Montréal a décidé, avec peu de moyens à l’époque, de rassembler des concepts tactiques brillants (développés plus haut), dans un embryon qui n’avait alors aucune prétention d’aller remplir en spectateurs, quelques années plus tard, la moitié du stade de la Place Bell, à quelques kilomètres de là.

Alors que Rainbow Six a dévoilé son potentiel compétitif au fur et à mesure, l’éditeur français - presque surpris par le potentiel de son œuvre une fois rendu publique - a dû prendre l’installation et l’amélioration de son esport à bras-le-corps. Sans trop vraiment savoir comment s’y prendre. Tout n’a pas été rose, il y a eu des ratés, des incompréhensions, des recherches de format critiqués par la plèbe… Beaucoup d’essais et de recommencements. Beaucoup de temps que certains voient comme perdu, quand d’autres estiment que cela était nécessaire.

Peu importe qui aurait raison, finalement, puisque Rainbow Six va de toute façon entrer dans sa cinquième année de compétitions avec un futur modèle - pleinement posé l’année prochaine - qui verra ses fondations reposer sur le bilan des expériences entreprises jusqu’ici. À la manière d’un League of Legends ayant mis de longues années avant d’être structuré sportivement parlant par Riot Games, Rainbow Six va enfin avoir sa propre identité esportive, censée perdurer dans le futur. Parce que ses décideurs ont pris le temps de tâter le terrain et de déterminer quel type de projet serait le mieux pour son avenir.

Jusqu’à présent - et cela prendra fin avec les dernières finales de Pro League de l’histoire, en mai prochain - Ubisoft gérait son circuit professionnel aux côtés de l’ESL. Sauf que dans une relation aux contours d’exclusivité, les choix de l’ESL, quant à la gestion de l’esport de Rainbow Six, ont été loin de faire l’unanimité.

Il n’y a qu’à regarder de plus près l’organisation des qualifications pour la Challenger League, sur fond de dramas perpétuels, pour comprendre que cette collaboration était trop néfaste pour se poursuivre. Alors que des équipes de joueurs amateurs s’entraînaient pendant des mois, voire des années, à se hisser dans la « deuxième division professionnelle », des admins bénévoles et totalement déconnectés de la réalité de la triche et de Rainbow Six en général, ont pris des décisions parfois catastrophiques. Automatisées, industrialisées, peu réfléchies, le choix du terme vous est laissé, mais l’essentiel est là : ESL a souvent pris des décisions plus que contestées pour l’avenir compétitif de Rainbow Six.

Que signifie la fin de cette pleine collaboration entre l’ESL et Ubisoft ? L’avenir sera-t-il meilleur sans l’organisateur allemand ? Difficile de se prononcer avant que le coup d’envoi du nouveau circuit de Rainbow Six ne soit lancé.

Mais ce qui est sûr, c’est qu’Ubisoft va pouvoir - façon Riot Games - s’émanciper et gérer son esport avec plus d’autonomie. Avec de nouveaux acteurs, comme Face It en guise de co-producteur pour la zone européenne, par exemple. Voici d’ailleurs une chose très importante à retenir dans la régionalisation du circuit professionnel de Rainbow Six : Ubisoft va installer plusieurs sortes de « mini-fédérations » continentales qui géreront en parfaite autonomie la ligue régionale de chaque zone impliquée. L’intérêt étant de pouvoir adapter ses compétitions, leur structuration et leur diffusion, en fonction du territoire et du public concerné.

Rainbow Six Siege

Avec cette démarche, Rainbow Six devrait pouvoir augmenter sa visibilité dans chaque recoin de la planète, structurer intelligemment son circuit dans le but de faire participer un maximum de pays. Et par conséquent une plus grande base de joueurs compétitifs. Le fait de rallier des nations émergentes à l’esport de Rainbow Six et leur permettre de se frotter aux meilleurs des pays déjà bien implantés étant par ailleurs une perspective très intéressante.

En Asie, l’un des principaux marchés qui ont le plus à offrir à un titre esportif, le fait de rassembler la Corée du Sud, le Japon et la Thaïlande - séparés jusque là - dans un même championnat, va par conséquent augmenter la compétitivité de ce dernier. Sans pour autant se fermer à l’intégration de la Chine et ses milliards d’habitants, quand le jeu sortira dans ce pays. L’Inde et le Pakistan (plus d’1,5 milliards d’habitants à eux deux) vont pour leur part rejoindre l’aventure dès la saison prochaine en intégrant la zone sud de l’APAC, aux côtés des pays océaniques.

La rétrospective est claire : Rainbow Six a commencé par découper son esport à l’échelle mondiale, en quatre régions (l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Asie-Pacifique ), et s’apprête à vivre désormais une restructuration, à l’échelle continentale cette fois-ci, avec les Ligues Régionales qui profiteront de l’essor des championnats nationaux (Canada et USA pour la NA ; le Brésil, le Mexique et les autres pays d’Amérique latine pour la LATAM ; la conférence plutôt asiatique et celle davantage océanique pour l’APAC, les ligues nationales déjà existantes et celles à venir en Europe).

Cela devrait faciliter grandement l’ascension et la prise d’expérience d’une équipe vers les sommets. Prenons l’exemple d’une formation française : celle-ci devra en premier lieu se qualifier, via les 6 French Challengers, en Rainbow Six French League. En cas de bon positionnement dans ce championnat de France, cette dernière pourra jouer - on imagine via un qualifier européen réunissant les autres champions de chaque pays - sa place pour la Ligue Régionale européenne (qui devra se trouver un nom un peu plus sexy, soit dit en passant), puis les Majors, le Six Invitational...

Du monde amateur vers le professionnel, sur tous les continents ou presque, le circuit professionnel de Rainbow Six se structure ainsi solidement. Et gagne par la même occasion davantage de visibilité, ce qui peut rassurer les structures esportives, les sponsors et autres investisseurs.

Il y a un écosystème pensé pour durer

Certaines rumeurs envoyaient Ubisoft céder à l’appel des ligues fermées et franchisées, mais non. L’éditeur de Rainbow Six prend tout le monde à contre-pied et solidifie encore plus son modèle « à l’européenne ». En contradiction avec les ligues à participation exclusive que sont celles de League of Legends, Overwatch et Call of Duty, ou celles qu’ESL et Flashpoint tentent de mettre en place sur CS:GO, aussi.

Le circuit esportif de R6:S va rester ouvert à tous, et pour cela Ubisoft va miser sur un partenariat économique théorisé comme éthique et durable. Faites place à la Phase 3 du Program Pilote. Fixée pour 4 ans, et ce n’est pas rien, celle-ci devrait récompenser par le revenue sharing toutes les équipes de son circuit professionnel, et plus particulièrement ses meilleurs élèves. Soit un écosystème sain, entre organisations, joueurs et éditeur, conçu pour du long terme. Qui pourrait faire passer l’esport de R6:S dans une autre dimension, si tout se passe comme prévu.

Par « se passer comme prévu », on peut bien évidemment attendre des dirigeants d’Ubisoft qu’ils parviennent à démocratiser encore plus la culture de Rainbow Six, qu’ils facilitent l’accès aux nouveaux joueurs et spectateurs, que le jeu conserve son brillant développement et sa grande profondeur tactique et que la communauté continue de répondre présente et que le modèle esportif et son écosystème se montrent viables. Dans ce cas-là, Rainbow Six franchira assurément les portes du tier un.

Le plus beau dans toute cette histoire étant que l’esport de ce titre, l’endroit où sont censées se traduire une multitude de belles histoires humaines, est déjà en lui-même une incroyable histoire. De passion et de détermination, portées par des milliers de gens qui voient aujourd’hui une partie de leurs efforts récompensés. Alors que quasiment aucun acteur de l’industrie de l’esport n’aurait misé un kopeck à l’époque sur Siege, le vent semble tourner. Et ce n’est pourtant que le début…

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Le lexique de R6:S

Comme dans chaque communauté, Rainbow Six possède son propre dialecte. Ce qui peut parfois rebuter les néophytes qui auraient pris le train de la licence compétitive d'Ubisoft en cours de route. Escale, donc, sur les mots que vous entendrez assurément en jouant ou en suivant l'esport de R6S !

Crédits photos : Ubisoft

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Slendhood K il y a 5 mois

Très bel article, c'est rare de voir autant de qualité par rapport à un développement aussi long !<br /> J'ai moi-même appris quelques trucs avec ça :)<br /> Puisse R6: S vivre encore longtemps !

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