Un ancien dirigeant historique de la franchise Assassin’s Creed, Côté, poursuit actuellement Ubisoft en justice au Québec, alléguant un licenciement déguisé après plus de 20 ans de carrière au sein de l’entreprise. Cette affaire survient quelques mois après l’annonce officielle de son départ de la société en octobre 2025, suite à une importante restructuration interne menée par l’éditeur français.
La procédure en justice contre Ubisoft
Marc-Alexis Côté, qui a notamment occupé les fonctions de vice-président et producteur exécutif en charge de la franchise Assassin’s Creed, était devenu l’un des visages les plus influents de la série. Il a contribué à façonner plusieurs titres majeurs depuis Assassin’s Creed Brotherhood jusqu’à Assassin’s Creed Shadows.
Selon les documents judiciaires déposés auprès de la Cour supérieure du Québec, il réclame environ 1,3 million de dollars canadiens (soit près de 800 000 Euros) à Ubisoft. Cette somme comprend deux années de salaire en indemnités de départ, ainsi que 46 000 Euros pour dommages moraux, notamment pour ce qu’il décrit comme un préjudice à sa réputation et une utilisation abusive de pouvoir.
Détails des événements
La source du conflit remonte à l’été 2025, lorsque Ubisoft a lancé Vantage Studios, une nouvelle filiale cofinancée par Tencent visant à superviser certaines des franchises les plus importantes de l’éditeur, dont Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six. Cette entité devait coordonner de façon plus centralisée le développement de ces titres majeurs.
Lors d’une réunion de direction, Côté a appris qu'Ubisoft cherchait à pourvoir un poste de “Chef de Franchise” à la tête de cette nouvelle structure, rôle qui aurait absorbé l’essentiel de ses responsabilités sur la licence. Il n’a toutefois pas été retenu pour cette fonction, notamment parce que le poste était basé en France, alors qu’il réside au Canada.
À la place, la société lui a proposé un rôle de “Chef de Production”, qui l’aurait placé sous l’autorité du nouveau responsable de franchise, une évolution que Côté a perçue comme une demi-mesure le rétrogradant clairement par rapport à ses fonctions antérieures.
Plus tard, en septembre 2025, Ubisoft lui aurait offert une autre position, celle de dirigeant d'une “Creative House”. Ce terme obscur désigne une structure censée gérer des séries jugées de second rang, ce qu’il a également estimé être une dévaluation injustifiable de son influence et de son rôle stratégique.
Un licenciement déguisé ?
Dans sa plainte, Côté affirme que son départ est en réalité un “licenciement déguisé” (constructive dismissal), concept juridique selon lequel un employé est poussé à quitter son travail parce que l’employeur a modifié unilatéralement ses conditions d’emploi de façon substantielle et défavorable. Par conséquent, il soutient qu’il n’a jamais démissionné volontairement, contrairement à ce qu’Ubisoft avait annoncé publiquement lors de son départ.
La version officielle de l’entreprise à l’époque indiquait qu’il avait décliné l’offre d’un rôle au sein de Vantage Studios pour poursuivre d’autres opportunités. Marc-Alexis Côté a fermement contesté cette interprétation, expliquant sur LinkedIn qu’il avait continué à travailler jusqu’à ce qu’on lui demande de “se retirer” et qu’il n’avait pas choisi de partir.
Outre les indemnités financières, il cherche également à voir levée sa clause de non-concurrence, qu’il juge inéquitable et qui limiterait sa capacité à travailler dans l’industrie du jeu vidéo après une carrière de plusieurs décennies.
Ubisoft, pour sa part, a engagé des avocats spécialisés en droit des affaires pour contester la plainte, mais n’a fait aucune déclaration publique substantielle sur le fond de l’affaire.









