Le récent virage stratégique opéré par Xbox a créé de vives inquiétudes au sein de l'industrie du jeu vidéo, mais surtout chez les fans de la marque verte. En décidant de réserver ses prochaines "grosses cartouches", comme Gears of War : E-Day et le RPG Clockwork Revolution, uniquement à ses consoles Xbox et au PC, la firme américaine espère revaloriser sa marque. Pourtant, pour Rhys Elliott, analyste chez Anlinea Analytics, cette politique de repli est un non-sens économique absolu.
Une stratégie impossible à tenir pour Xbox et Microsoft ?
Vouloir rendre beaucoup moins accessibles des licences à fort potentiel en les proposant comme des exclusivités consoles Xbox relève d'une logique d'un autre temps, déconnectée des impératifs de rentabilité actuels, et ce, même si PlayStation semble avoir pris la même option il y a quelques semaines de cela en décidant de ne plus sortir ses jeux sur PC. De son côté, Rhys Elliott estime que priver les productions Xbox d'une sortie sur d'autres plateformes majeures comme la PlayStation 5 revient tout simplement à saboter leur potentiel commercial.
L'analyste pointe du doigt une contradiction flagrante dans le discours de la direction d'Xbox concernant la présence de ces jeux sur PC. Il déclare ainsi lors de son rapport ; "Ces jeux sont de toute façon sur Steam. La notion traditionnelle d'exclusivité console n'a donc plus aucun sens sur le plan économique".
Dès lors que l'écosystème PC est inclus dès le premier jour, l'argument de l'exclusivité au sens littéral s'effondre. Limiter les ventes physiques et numériques sur console à la seule gamme de machines Microsoft prive l'éditeur d'un immense parc de joueurs prêts à investir à plein tarif, notamment sur PS5. À l'heure où les coûts de développement des projets AAA atteignent des chiffres record, se couper délibérément de dizaines de millions de consommateurs potentiels sur les plateformes concurrentes s'apparente, selon l'expert, à une condamnation à l'échec commercial.
Exclusivité ou rentabilité, un vrai dilemme pour Xbox...
La décision de la nouvelle PDG de Xbox, Asha Sharma, vise clairement à redonner des arguments de vente à une machine qui est à la traîne sur le marché quand on la compare à la Nintendo Switch 2 et à la PlayStation 5. L'objectif est d'inciter la communauté à sauter le pas et à se laisser tenter par une machine qui proposera des exclusivités.
Néanmoins, cette tentative de retenir les joueurs dans ce qui s'apparente à une "cage dorée" s'oppose frontalement à l'obligation pour Microsoft de maximiser ses revenus après des investissements qui sont toujours plus gros. Vendre du matériel au détriment d'un volume de jeux vendus est un pari risqué. Si on prend le cas d'un titre particulièrement pointu comme Clockwork Revolution, un RPG de type "immersive sim" développé par le studio inXile, et bien il s'adresse par définition à un public de niche. Le rendre exclusif le fragilise d'autant plus, car il ne s'adresse clairement pas au grand public.
Si Xbox cherche à valider l'investissement historique de sa communauté de joueurs fidèles qui s'est construite au fil des ans, le prix à payer peut s'avérer trop lourd. D'autant plus qu'il ne faut pas occulter le fait que les consoles de salon ont vu leur prix augmenter sur les derniers mois à cause de la hausse des coûts des composants et des tarifs douaniers.
En refusant de distribuer ses productions "exclusives" à l'ensemble du marché, la marque verte prend le risque d'asphyxier ses propres studios créatifs, qui se retrouvent privés des retours financiers indispensables pour pérenniser leurs futures créations. Ce qui amènera à la situation actuelle et malheureuse où des studios "non-majeurs" tels que Double Fine ou Compulsion Games sont menacés de fermeture.







