Il y a parfois des chiffres qui rappellent à quel point le jeu vidéo a changé plus vite qu’on ne le réalise. Aujourd’hui, on supprime un jeu de 120 Go parce qu’il prend trop de place. Il y a 30 ans, des millions de joueurs géraient pourtant toute leur progression avec… 128 Ko. Pas mégaoctets : kilooctets.
Sauvegarde à l'ancienne
C'est à présent un objet presque mythique : la Memory Card ou Carte mémoire de la première PlayStation. À l’époque, la console n’avait aucun stockage interne pour conserver les sauvegardes. Si vous vouliez reprendre votre partie de Final Fantasy VII, Gran Turismo ou Tomb Raider, il fallait brancher cette petite carte grise au-dessus des ports manette. En voici un exemplaire partagé récemment sur Reddit.
Techniquement, la Memory Card officielle PS1 disposait de 128 Ko de mémoire, divisés en 16 blocs, dont un réservé au système. Résultat : environ 15 blocs réellement utilisables pour les sauvegardes.
Dit comme ça, cela semble ridicule aujourd’hui, mais à l’époque ce n’était pas si absurde. Les jeux ne stockaient ni textures, ni musiques, ni vidéos sur la carte : uniquement des données de progression : position du joueur, inventaire, variables de jeu, marqueurs d’événements… Quelques kilo-octets suffisaient souvent pour enregistrer des dizaines d’heures de jeu. Beaucoup de titres occupaient un seul bloc, soit environ 8 Ko.
Des espaces de stockage toujours plus larges
Évidemment, certains jeux étaient déjà les « mangeurs d’espace » de leur époque. Le premier Diablo sur PS1 pouvait réclamer une grande partie de la carte à lui seul selon les personnages créés, puisque le jeu se devait d'enregistrer les statistiques des différents objets, tandis que certains RPG ou jeux d’aventure occupaient plusieurs blocs simultanément.
Si on transpose les standards actuels, un seul élément graphique moderne pourrait dépasser la capacité entière d’une Memory Card PS1. Une simple texture du doigt de Kratos dans God of War Ragnarök demanderait probablement plusieurs de cartes mémoire de l’époque. Il en va de même sur PC avec les célèbres disquettes Floppy dont les capacités de stockage allaient entre 360 Ko et 2 Mo en fonction des modèles.
Ce qui est peut-être le plus fascinant aujourd’hui, ce n’est pas la faible capacité. C’est surtout de réaliser qu’avec 128 Ko, une génération entière a terminé des RPG de 80 heures, sauvegardé ses meilleurs temps dans les jeux de course et protégé des centaines d’heures de progression… sans cloud, sans SSD et sans jamais voir le message « espace insuffisant » après une mise à jour de 40 Go.
Mais quelques années après, avec l'arrivée des premières connexions 56k, déployer une mise à jour de quelques Mo sur un jeu pouvait demander de longues heures, en plus du temps passé à jouer en ligne. Presque tous les vieux joueurs se souviennent avoir reçu au moins une facture extrêmement salée de la part de France Télécom à l'époque (avant d'être renommé Orange).









