Le succès d’un jeu ne se mesure plus uniquement au nombre d’exemplaires vendus. Aujourd’hui, une partie du public découvre les nouvelles sorties à travers Twitch, YouTube ou TikTok, parfois sans jamais les acheter. Une évolution qui pousse de plus en plus de développeurs à réfléchir à une question délicate : comment concevoir un jeu à une époque où le spectateur est parfois aussi important que le joueur ?
Final Fantasy 7 Revelation : Un bon jeu à la fois pad en main et en tant que spectateur ?
C’est précisément le sujet abordé par Naoki Hamaguchi, réalisateur de Final Fantasy VII Revelation. Lors d’un entretien récent, il a expliqué que les habitudes de consommation évoluaient rapidement et que les studios devaient s’adapter à une réalité où le streaming et les créateurs de contenu occupent une place grandissante dans la manière dont les joueurs découvrent les jeux vidéo.
Hamaguchi prend toutefois soin de préciser qu’il ne considère pas les streamers comme un problème. Au contraire, il affirme soutenir pleinement les créateurs de contenu, estimant qu’ils participent à faire connaître les jeux et à maintenir les communautés actives longtemps après leur sortie. Son interrogation porte davantage sur la manière dont les studios doivent penser leurs productions dans ce nouveau contexte.
Cette réflexion est loin d’être anodine. Pendant des décennies, le modèle était relativement simple. Un éditeur vendait un jeu, le joueur l’achetait, puis découvrait lui-même son histoire. Aujourd’hui, une partie du public préfère regarder un créateur de contenu vivre cette expérience. Pour certains jeux très narratifs, cela signifie même qu’une partie importante de l’histoire peut être consommée sans passer par l’achat.
Ce phénomène est particulièrement sensible pour les jeux solo fortement scénarisés. Contrairement aux jeux multijoueurs ou aux titres reposant sur une forte rejouabilité, un RPG narratif peut parfois donner l’impression d’avoir déjà livré l'essentiel de son contenu une fois l'histoire regardée en ligne. Cela ne signifie pas que les joueurs renoncent systématiquement à l'achat, mais le comportement du public est devenu beaucoup plus varié qu'auparavant.
Le streaming : une branche alternative au gaming ?
Pour Square Enix, cette évolution pose naturellement plusieurs questions. Faut-il construire des systèmes qui encouragent davantage les choix du joueur afin que chaque partie reste différente ? Faut-il multiplier les contenus annexes impossibles à résumer dans une simple vidéo ? Ou faut-il simplement accepter que le streaming fasse désormais partie intégrante de la promotion d'un jeu ?
Le studio semble privilégier cette dernière approche. Depuis plusieurs années, Square Enix autorise relativement facilement la diffusion de ses jeux, tout en adaptant progressivement ses règles afin de protéger certains moments clés des scénarios. L'entreprise paraît avoir compris qu'une vidéo ou un stream peut aujourd'hui susciter autant d'intérêt qu'une bande-annonce traditionnelle.
Cette réflexion dépasse largement le cas de Final Fantasy VII Revelation. De nombreux développeurs cherchent désormais à créer des expériences qui restent intéressantes à regarder sans perdre leur intérêt une fois la manette en main. C'est un équilibre difficile à trouver, car un jeu pensé uniquement pour les spectateurs risque de perdre une partie de ce qui fait la richesse du média interactif.
Les propos de Naoki Hamaguchi montrent finalement que l'industrie commence à accepter une réalité qui semblait encore marginale il y a quelques années. Les jeux vidéo ne sont plus seulement conçus pour ceux qui y jouent. Ils sont aussi conçus pour ceux qui les regardent. Et à mesure que le streaming continue de gagner en importance, cette évolution pourrait influencer autant le rythme des scénarios que la structure des quêtes, la mise en scène ou même la manière dont les développeurs imaginent leurs futurs jeux. On peut aussi dire que tous les petits frères et les petites sœurs passeraient aussi un meilleur moment en tant que spectateurs, si les jeux avaient été pensés pour ça !










