La sortie d'un nouveau Resident Evil canonique est toujours un petit événement dans le merveilleux monde des jeux vidéo : la licence traine depuis près de 30 ans sur nos consoles et elle a toujours su se renouveler au fil des générations. Resident Evil Requiem propose de faire la somme de ces quelques décennies avec un titre ambitieux, mêlant l'épouvante des deux derniers opus à l'action décomplexée initiée dans Resident Evil 4.
- Genre : Survival-horror
- Date de sortie : 27/02/2026
- Plateformes : PC, PS5, Xbox
- Développeur : Capcom
- Éditeur : Capcom
- Prix : 69,99€
- Testé sur : PC
Amazing Grace
Grace Ashcroft, enquêtrice au FBI, est dépêchée à l'Hôtel de Wrenwood, une petite bourgade dans laquelle de mystérieux meurtres ont eu lieu. Petit souci : c'est aussi à cet endroit précis que Grace a eu le droit à l'un des plus grands chocs de sa vie, raison pour laquelle elle traine des pieds pour accepter ce job. N'écoutant que son courage, la jeune femme va traverser le bâtiment de ses cauchemars et finir par devenir la protagoniste principale d'une histoire de fous, à base de Virus-T, de conspiration et de gros vilains bien clichés. Elle a tout de même un chouille de chance dans son malheur, puisqu'elle va vite être rejointe par Léon Redfield, le flic le plus swag du monde, s'exprimant 90% du temps avec des répliques d'Actioner des années 90. Un récit choral donc, où le joueur alterne entre le point de vue de Grace, une personne lambda confrontée aux pires abominations et celui de Léon Kennedy, un gars rompu à l'extermination de zombie depuis bien des lunes.
Cela donne un "deux salles, deux ambiances" particulièrement bien vu, puisque les phases de Léon permettent une vraie respiration après avoir passé plusieurs heures sous apnée avec Grace. C'est en tout ce qu'il se passe durant toute la première grosse partie du jeu, avant que le temps à l'écran ne s'inverse, avec un Léon omniprésent. Là aussi, rien à dire, on est vraiment bien mis dans l'ambiance et le mystère qui entoure les différents protagonistes du jeu fonctionne pleine balle. Mais, et c'est vraiment dommage, le jeu se prend les pieds dans le tapis dans sa dernière ligne droite, pourtant cruciale : la série retombe dans ses vieux travers, en enchainant les clichés et les situations incongrues, pour une "conclusion" qui ne satisfera pas grand monde. On reproche aussi à ce dernier acte un fan service mal exploité, avec des situations qui s'enchainent à toute allure sans qu'on ait vraiment le temps de digérer ce que l'on vient de vivre.
Entre tradition et modernité
Pour commencer, on vous recommande vivement de suivre la recommandation faite par le jeu en début de partie, pour bien comprendre le "mélange des genres" proposé par Requiem. Celui-ci vous propose un point de vue première personne pour Grace et troisième personne pour Chris. Il est possible de revenir sur ce choix en passant par les menus, mais nous n'en avons jamais ressenti le besoin tant l'option "par défaut" nous a convaincu. Avec l'enquêtrice, on se rapproche des jeux de flippe modernes, le parti-pris des 7 et 8, avec une immersion au top et une gestion de la peur qui se rapproche des grands succès récents du genre, Amnesia et Outlast en tête. Les moyens de se défendre sont quasi-inexistants, l'inventaire est rikiki et les ressources très limitées : on est aussi sur le versant "survie" de la série Resident Evil, celui du 1 et du 2.
Il suffit de regarder l'électrocardiogramme qui sert de barre de vie, la nécessité d'un coffre de stockage ET de ruban encreur pour sauvegarder si vous avez choisi le mode normal classique. C'est aussi avec elle que vous aurez à résoudre quelques puzzles et à trouver des clés à n'en plus finir pour ouvrir petit à petit toutes les portes de la grande zone dans laquelle vous vous trouvez. Le gameplay de Grace, c'est la partie horreur du jeu, option grosse bestiole qui vous poursuit dans les couloirs et ça marche très bien, même si les coutures finissent par se voir sur la fin de son gros segment. Les monstres ignobles qui vous traquent ont toujours un peu le même chemin de ronde, une fois sortis de leurs moments 100% scriptés. Mais ce n'est vraiment pas grand chose, l'ensemble de la partie Grace est terrifiante et remplit donc pleinement son office.
Avec Léon Kennedy, la taille de l'inventaire est multipliée par 5 au grand minimum, l'arsenal s'élargit de manière exponentielle et la place est désormais à l'action, celle des Resident Evil 4 à 6. Le fait de passer de la frêle inspectrice du FBI à l'armoire à glace du RPD se ressent directement, on est carrément sur un second jeu, celui dans lequel les prédateurs deviennent de proies. On retrouve donc toute la panoplie de mouvements de ce BG de Léon, toujours avec ces petites phrases bien placées pour vous faire marrer à la fin de chaque séquence d'action tendue. Avec son point de vue, la peur cède la place au suspens, avec des scènes d'action menées tambour battant et des situations impossibles desquelles il faudra se tirer, le plus souvent, avec de gros high kicks et quelques cartouches de pompe. Là non plus, rien à dire, on est sur la formule que l'on a adorée à l'époque, puis reprise avec brio dans le Remake, avec quelques nouveautés qui viennent ajouter du dynamisme à l'ensemble.
Le gameplay des deux personnages nous a donc pleinement convaincu, d'autant qu'ils disposent chacun de leurs propres systèmes de progression, entérinant ce sentiment de jouer à deux jeux en un. De la même manière, l'alternance entre les deux points de vue fait le taf, avec une bonne symbiose dans le duo et des changements de rythme permanents désarçonnants, mais loin d'être désagréables. Là où le bat blesse c'est une fois encore ce dernier acte et la zone qui va avec, qui sont trop vite expédiés pour que l'ensemble soit pleinement satisfaisant. Trop étriquée, avec des choix de design discutables et de grosses incohérences, l'ultime carte du jeu vient en quelque sorte gâcher la fête alors que l'on était sur un carton plein pendant tout le reste de l'aventure. De nos jours, on a souvent tendance à se plaindre des jeux beaucoup trop longs pour leur propre bien, mais il nous parait évident qu'il manque 3 à 4 heures de jeu pour que Requiem vienne tutoyer l'excellence de Resident Evil 4.
Le plus grand des hazard
Tournant bien évidemment sous RE Engine, Requiem est un jeu qui nous a laissé bouche bée sur le plan visuel à plusieurs reprises. Le travail sur les lumières et les décors est dingue et s'il y a toujours quelques textures qui laissent à désirer par ci par là, on reste quoiqu'il arrive sur du très bel ouvrage. Mention spéciale à la toute première zone de bonne taille du jeu, qui rappelle forcément les nombreux manoirs et autres bâtiments historiques visités tout au long de la série. L'autre aspect très réussi de Requiem, c'est son sound design, terrifiant dans les sections avec Grace, avec une excellente spatialisation sonore et un travail d'orfèvre sur l'ambiance des différents lieux visités. Un petit mot également sur la VF du jeu, exemplaire et parfaitement raccord avec les personnages que l'on incarne, ou que l'on affronte. Pour chipoter un peu sur la technique, on note tout de même une physique un peu étrange de la part des zombies, avec un ragdoll au comportement erratique à certains moments de l'aventure.













