Ce n'est peut-être pas Baldur's Gate, mais Gothic premier du nom est considéré comme un des titres culte de son époque, grâce à son ambiance très particulière, à la liberté offerte et à l'immersion qui en résultait. Bien qu'il reste jouable, cela demande beaucoup de tolérance vis-à-vis de ses graphiques datés et de ses mécanismes ayant la réputation d'être vieillots et rigides, voire frustrants en 2026. Cela en fait un des titres qui méritaient le plus un remake digne de ce nom.
- Genre : Action RPG
- Date de sortie : 5 juin 2026
- Plateformes : PC, PS5, Xbox Series
- Développeur : Alkimia Interactive
- Éditeur : THQ Nordic
- Prix : 49,99 €
- Testé sur : PC
Closed World
L'histoire de Gothic se déroule dans une vallée pénitentiaire nommée "la colonie", servant aussi de camp de travaux forcés pour extraire le minerai magique dont le royaume a désespérément besoin pour sa guerre contre les orcs. Le roi, visiblement paranoïaque a même décidé de faire ériger un bouclier magique autour de l'île pour prévenir la moindre évasion. Malheureusement pour lui, le rituel a mal tourné et il est devenu impossible pour quoi que ce soit de vivant de sortir.
Sans surprise, la situation dérape rapidement avec des émeutes et des rébellions et les prisonniers et sont parvenus à s'emparer de l'île avant de format plusieurs factions mutuellement hostiles. C'est dans ce contexte tendu qu'un mystérieux prisonnier sans nom s'échoue sur la plage. Bienvenue dans votre colonie de vacances ! La suite des événements peut prendre différentes tournures, mais le principal objectif est normalement de trouver comment désactiver le bouclier pour s'échapper.
Mais l'histoire principale n'est pas ce qu'il y a de plus important dans Gothic, elle est plutôt prévisible et banale. Même si quelques retouches ont été faites, elle implique aussi une quantité déplaisante d'allers-retours à rallonge sur la carte, quasiment sans moyens de voyager rapidement (ils arrivent très tard). Ce sont plutôt les premiers contacts avec les résidents de la colonie qui sont marquants. Ces forçats ont formé trois groupes principaux sobrement nommés "vieux camp", "nouveau camp" et "camp du marais" aux structures sociales et aux philosophies radicalement différentes, chacun avec ses nuances de gris.
Le premier chapitre du jeu est dédié à la découverte de ces camps et à la réalisation de quêtes pour ces derniers, afin d'être accepté par un d'entre eux avant de progresser dans l'histoire. Ce n'est pas gagné puisque notre héros anonyme est à la fois un petit nouveau et un incapable au départ. Gothic 1 Remake dispose d'un certain nombre de points communs avec Kingdom Come dans ce domaine. Les quêtes n'ont pas de marqueurs, la difficulté est punitive et le protagoniste ne sait même pas manier une épée correctement au départ.
Il faut aimer les vieux jeux Gothic ou se préparer mentalement à une expérience "Old School" pour apprécier ce remake, le jeu ne vous tiendra jamais la main. C'est d'ailleurs ce qui rend l'exploration quasiment libre du monde si intéressante. Elle reforge de cavernes, de ruines et de falaises à explorer et cela dépendra de votre sens de l'observation, voire de l'improvisation, pour les découvrir. Ce ne sont pas des points d'intérêts listés sur une carte. Le fait que la faune locale vous éventrera quelques centaines de fois en chemin épicera aussi l'aventure.
Grand méchant loup
La progression dans Gothic 1 Remake est à la fois contraignante et brutale. Vous démarrez sans carte, ni arme ni armure. N'importe quel rat taupe famélique vous tuera en deux ou trois coups et la majorité des PNJ tentera de vous arnaquer. Mettre la main sur une première armure, des guenilles de mineur, peut demander jusqu'à une dizaine d'heures quand on s'y prend mal.
L'expérience est uniquement gagnée en tuant des ennemis ou en terminant des quêtes, ce qui limite considérablement les moyens de gagner des niveaux quand on est aussi faible qu'une brindille. Le pire est qu'à chaque gain de niveaux, les 10 points de talents obtenus doivent être investis après mûre réflexion. Vous voulez apprendre à manier les armes à une main ? C'est 10 points ! Un arc ? C'est 10 points aussi. Crocheter les serrures ? Pareil, c'est 10 points. Augmenter votre Force ou une autre caractéristique ? C'est une conversion point par point (jusqu'à 99).
Débloquer une des nombreuses compétences utilitaires du jeu comme l'escalade ou la natation est presque obligatoire, mais cela risque de pénaliser vos capacités martiales. Le pire étant que même dans leur version "modernisée" les combats restent à la fois simplistes et horriblement difficiles. Votre personnage ne sait même pas parer au départ et le blocage est très peu efficace. Les boucliers n'existent tout simplement pas dans Gothic 1 Remake.
Même après avoir payé un professeur pour apprendre à manier une arme, la fenêtre de parade est minimale, tandis que les ennemis ont tendance à vous tomber dessus par groupe de 3 ou 4, ce qui est une mort garantie. Vos touches de sauvegarde et de chargement rapide ne vont pas s'ennuyer. Il est possible de mourir des dizaines de fois sur un duo de loups sans progresser. Ce n'est pas pour rien que les vétérans utilisent souvent des méthodes alternatives à base de parchemins de transformation pour gagner leurs premiers niveaux.
À l'inverse, disposer du bon équipement et des bons sorts rend le jeu trivial, puisque les valeurs d'armure sont tout simplement soustraites aux dégâts, alors que de nos jours les pourcentages sont favorisés. La majorité du temps au départ, vous n'infligerez aucun dégâts aux ennemis un peu plus avancés et à haut niveau la tendance s'inverse, seuls les plus gros boss parviendront encore à vous chatouiller alors qu'il suffit de cliquer pour leur balancer un sort ou un coup d'épée à deux mains qui les fera fondre.
L'interface n'aide d'ailleurs pas non plus. Entre la mauvaise gestion des claviers Azerty, les bugs et les problèmes de raccourcis, il nous a fallu utiliser une combinaison de jeu à la manette et de raccourcis au clavier pour une expérience utilisateur acceptable. Cela ne corrige pas pour autant les aberrations historiques, comme la gestion inutilement de la torche, dans un jeu souvent très sombre. Elle empêche d'utiliser les armes à une main et elle doit être abandonnée au sol avant d'entreprendre la majorité des actions, avant de la ramasser ou d'en rallumer une.
Des raccourcis alternatifs doivent être utilisés pour ramasser les objets (quand ça fonctionne). Il est aussi impossible de se baisser ou de sauter une torche (ou une arme) à la main. Y avait-il vraiment besoin de préserver toutes ces lourdeurs ? Le fait que les quêtes n'aient pas de marqueur et que les PNJ importants aient la bougeotte sont d'autres exemples notables du genre. Perdre quelques heures à chercher un personnage de l'histoire qui s'est caché dans un lieu inédit, ou à chercher que faire pour progresser dans l'histoire principale risque de vous arriver plus d'une fois, quand les bugs ne viennent pas s'en mêler.
Ragoût de cafards
Comme c'est souvent le cas, Gothic 1 Remake est sorti avant d'avoir été terminé. Nous avons noté plusieurs dizaines de bugs différents durant la cinquantaine d'heures de jeu requise pour terminer l'aventure. Entre les ennemis qui traversent les textures et qui se bloquent dans les murs, les PNJ qui disparaissent, les commandes qui se bloquent ou des quêtes importantes impossibles à terminer, il y en a dans tous les domaines et sans nous bloquer complètement, ils ont vraiment terni l'expérience de jeu.
D'autres problèmes sont des limitations techniques risibles, comme un PNJ en train de dormir, qui se retrouve toujours debout et éveillé après un chargement rapide, ce qui donne des situations embarrassantes lorsqu'on tente de cambrioler sa hutte. Signalons au passage que le mini jeu de crochetage, qui a été entièrement refait, risque de sérieusement déplaire à certains joueurs.
Outre le fait qu'il s'avère souvent bien trop difficile par rapport à la valeur du butin protégé, même en ayant parfaitement maîtrisé son fonctionnement tous les niveaux de la compétence, certaines serrures s'avèrent tout simplement impossibles à ouvrir. La faute incombant à des puzzles visiblement non testés, qui n'ont pas de solution. Avec plusieurs centaines de serrures en jeu, ce sont de longues heures de souffrance qui vous attendent.
Un autre élément qui n'a pas eu droit à l'attention qu'il méritait est l'optimisation de Gothic 1 Remake. La direction artistique est plutôt réussie, mais on ne peut pas dire que le jeu soit à la pointe de ce qui se fait en termes de graphismes, il en est même très loin. Mais comme c'est souvent le cas avec les jeux faits sous Unreal Engine 5, l'optimisation est catastrophique. Que cela soit les saccades régulières, les pertes de fps dès que le temps, un combat ou la végétation s'en mêlent, ou les FPS globalement bien en dessous de ce qui est justifiable, c'est un énorme point noir. Espérons que les développeurs sauront y remédier dans les mois qui viennent.
Une question de style
Malgré tous ces défauts, Gothic 1 Remake s'avère étrangement prenant. Même lorsque certains problèmes et pics de difficultés pouvaient donner envie de jeter la manette, on n'a pas pu s'empêcher de persévérer. On ne peut s'empêcher de se demander ce qui nous attend derrière ce groupe d'ennemis insupportables ou après cette quête étrange.
Le fait que le jeu offre une grande liberté d'action et d'exploration n'y est pas pour rien, lorsqu'on apprécie les Souls-like et autres jeux mêlant difficulté élevée et exploration. Même si on vient se heurter à un mur, il y a tellement d'autres endroits visiter, d'autres choses à faire et d'autres méthodes à utiliser, qu'on ne se sent pas bloqué. On est même tentés de relancer une partie après la fin décevante, pour choisir un autre camp et une autre façon de jouer, ce qui prouve que Gothic 1 Remake dispose de quelque chose de spécial.

































