Steam accueille régulièrement des expériences étranges, des projets expérimentaux ou des blagues assumées, ainsi que des jeux au contenu pornographique exotique, ainsi qu'un gros tas d'arnaques. Mais le cas de Congratulations On Your Purchase pousse le concept dans une direction qui a provoqué beaucoup plus d'incompréhension et de mépris qu'autre chose : un jeu vendu 999,99 dollars (ou 858,26 euros) pour environ dix minutes de contenu. Et le plus surprenant, c’est que ce prix ne semble pas être une erreur ni une édition collector c’est bien le tarif normal affiché sur la boutique.
Congratulations On Your Purchase sur Steam : un jeu arnaque qui se prétend prestigieux
Le projet est apparu récemment sur Steam avec une proposition presque absurde : une expérience extrêmement courte, sans rejouabilité particulière mise en avant, commercialisée à un tarif supérieur à certaines configurations PC complètes ou à plusieurs années d’achats de jeux. Selon les informations relevées sur la page Steam, l’expérience se termine en une dizaine de minutes environ. Le joueur traverse une salle sur un tapis rouge, avec une foule pour l'acclamer. Au fond de la salle, il est censé y trouver une plaque avec son pseudo, ainsi qu'avec celui de tous les acheteurs précédents du jeu. Cela représente une sorte de club select de joueurs ayant sacrifié une forte somme pour acquérir le jeu et son succès spécial.
En soi, vendre une œuvre très chère n’a rien de nouveau. Le jeu vidéo a déjà connu des éditions collector à plusieurs centaines d’euros, des expériences artistiques limitées ou des objets destinés aux collectionneurs. Mais ici, ce qui provoque les réactions, c’est le rapport affiché entre prix, contenu et valeur proposée. Parce qu’à 1 000 dollars, on ne parle plus d’un achat impulsif ni même d’un produit premium. On entre dans une zone où le tarif lui-même devient le produit.
Le développeur semble présenter le prix comme un geste volontairement provocateur ou conceptuel. Le problème, c’est qu’à partir du moment où l’expérience est vendue comme un jeu normal sur une boutique généraliste, la frontière entre expérimentation artistique, coup marketing et pratique douteuse devient beaucoup moins claire. Les messages du trailer du jeu vont d'ailleurs dans ce sens : vous avez acheté ce jeu plutôt que d'acheter quelque chose de valeur.
Le contenu symbolique du jeu donne d'ailleurs l'impression d'avoir été généré par IA et sa fiche Steam confirme que c'est le cas pour la page du magasin. Même sa description dans la boutique a été bâclée, avec des balises de formatage du texte qui traînent un peu partout.
Valve devrait-il réguler davantage le contenu de Steam ?
Steam reste une plateforme où le prix envoie un signal aux joueurs. Un jeu vendu 70 ou 80 € crée déjà des attentes élevées ; à 1 000 $, on attend naturellement soit un contenu colossal, soit un objet physique, soit un service exceptionnel. Quand le produit livré est une expérience de quelques minutes, il devient difficile de ne pas voir cela comme une tentative d’exploiter la curiosité, le buzz ou l’effet de rareté artificielle.
D’autant que ce type de projet repose souvent sur un mécanisme bien connu : il ne cherche pas forcément à vendre beaucoup, mais à obtenir quelques achats impulsifs, des vidéos YouTube, des articles comme celui-ci et une visibilité disproportionnée par rapport à ce qu’il propose réellement.
Sur le papier, ce n’est pas une arnaque au sens strict : le prix est affiché, la durée n’est pas cachée et personne n’est obligé d’acheter. Mais dans l’esprit, on se rapproche d’un modèle où l’attention générée devient plus importante que la qualité ou la quantité du contenu vendu.
Le plus ironique, c’est que Steam regorge déjà de jeux indépendants excellents à moins de 10 €, dont le développement a demandé des années. Voir un projet de dix minutes affiché au prix d’un PC entier rappelle aussi un autre problème du marché actuel : la visibilité ne récompense pas toujours le travail ou l’ambition, mais parfois simplement l’idée la plus extrême. On ne peut s'empêcher de penser au système de "Greenlight" que Steam possédait à une époque, pour valider la publication de certains jeux. Mais avec plusieurs milliers de nouveaux titres par an, ce n'est malheureusement plus une solution viable.
En conclusion, le véritable produit vendu ici n’est probablement pas le jeu. C’est le fait de pouvoir dire qu’on a acheté « le jeu le plus cher de Steam ». Et si c’est effectivement l’objectif, alors l’expérience commence avant même d’appuyer sur jouer et se termine peut-être au moment où le paiement est validé. Le point positif est qu'avec 10 minutes de durée de vie, il sera encore temps de demander un remboursement sur Steam, rira bien qui rira le dernier !











