C'est un virage que les collectionneurs redoutaient depuis longtemps, mais dont l'échéance semblait inéluctable. L'industrie du jeu vidéo franchit un cap symbolique décisif vers le tout-numérique, portée par les prises de position conjointes des plus grands acteurs du marché. Alors que Sony prépare activement le terrain pour réduire la production de ses disques, le patron de Take-Two Interactive s'est fendu d'une déclaration qui remet directement en cause l'utilité du lecteur Blu-ray pour les grosses productions comme Grand Theft Auto 6. Un alignement de planètes dont la temporalité interpelle, à l'aube d'une transition majeure pour les joueurs.
L'ombre de GTA 6 pour faire passer la pilule du tout numérique
Le timing de ces prises de parole n'a absolument rien d'un hasard. En choisissant d'évoquer la fin des galettes au moment même où l'attention générale se focalise sur Grand Theft Auto VI, les éditeurs exploitent un phénomène culturel d'une ampleur inédite. GTA 6 est un rouleau compresseur si massif qu'il a le pouvoir d'imposer de nouveaux usages et de faire accepter des mesures habituellement jugées anti-consommateurs.
Interrogé sur cette évolution du marché par Kotaku, Strauss Zelnick, PDG de Take-Two, s'est montré catégorique quant à la direction prise par le secteur. Strauss Zelnick, PDG de Take-Two Interactive, déclare :
"Notre activité est déjà distribuée à plus de 90 % de manière numérique. C'est déjà un marché numérique. Donc dans certains cas, particulièrement quand il s'agit d'un gros jeu, les disques — et notez que je dis bien les disques — n'ont pas vraiment de sens pour le consommateur."
En arguant que la quasi-totalité des joueurs doit de toute façon se connecter à internet pour enregistrer, mettre à jour ou jouer à leurs titres, les décideurs banalisent la boîte sans disque (code dans la boîte) au détriment de l'objet physique traditionnel.
Des dizaines de millions de joueurs pourtant attachés aux disques
Si les revenus dématérialisés représentent désormais l'immense majorité des bilans financiers des éditeurs, reléguer le support physique au rang d'artefact de niche reste un choix contestable pour le public. En pourcentage, la part des ventes physiques paraît désormais minoritaire chez les géants de l'édition. Mais rapportée au volume de ventes global de l'industrie, cette part représente encore des dizaines, voire des centaines de millions d'exemplaires écoulés à travers le monde.
Conservation des jeux, marché de l'occasion
Réduire le disque à un simple objet vintage au même titre que le vinyle dans la musique revient à ignorer une communauté massive de joueurs qui continuent de chérir la propriété réelle, la revente d'occasion et la pérennité de leur ludothèque. En s'appuyant sur l'engouement irrésistible de GTA 6 pour faire sauter le dernier verrou de la possession physique, Sony et Take-Two imposent des règles du jeu où le consommateur perd définitivement le contrôle sur ses achats.









